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Ecologie

Faut-il être catastrophiste pour échapper à la catastrophe ?

Philosophe

Pour la première fois dans l’histoire de la planète, une époque géologique serait définie par l’action d’une espèce : l’espèce humaine. Parler d’Anthropocène, c’est donc attirer l’attention sur l’avènement d’une puissance sans précédent, mais qui risque de mener à une forme d’impuissance tant le catastrophisme qui accompagne cette prise de conscience semble interdire toute possibilité de transition et d’action.

« L’affaire du siècle » et le nombre croissant d’actions en justice contre les États, les marches des jeunes pour le climat, mais aussi le score électoral des partis écologistes aux dernières élections européennes montrent l’importance de la mobilisation autour du changement climatique et des questions écologiques. L’urgence écologique est à l’ordre du jour : on désigne ainsi la courte fenêtre d’action (une dizaine d’années tout au plus) dont nous disposerions pour éviter la catastrophe qui nous menace si nous ne faisons rien, ou pas assez.

Faut-il être catastrophiste pour échapper à la catastrophe ? Radicaliser la menace (dans sa proximité et son ampleur) a souvent été considéré comme une façon d’attirer l’attention du public et des responsables politiques pour les pousser à agir. Mais, alors que ceux qui croient à la menace sont de plus en plus nombreux et que celle-ci paraît de plus en plus inévitable, l’incitation à agir ne se transforme-t-elle pas en résignation au destin, en acceptation de l’effondrement ?

Le changement climatique et l’ensemble des phénomènes qui l’accompagnent (montée du niveau des mers, accentuation des phénomènes extrêmes, sécheresses, inondations, cyclones divers, …) ...

Catherine Larrère

Philosophe, Professeur émérite à l'université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, Spécialiste de philosophie morale et politique.