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Société

Sciences sociales et action publique

Historien

Selon certains, la conduite de nos sociétés complexes requiert des compétences techniques dont seraient dépourvus celles et ceux qui « pensent large » et auxquelles on reproche paresseusement l’approche abstraite et vaporeuse des faits sociaux. C’est évidemment le contraire qu’il est urgent de défendre, tant l’expertise montre aujourd’hui ses limites dans la gestion des affaires de l’Etat.

L’histoire des intellectuels, telle qu’elle s’est le plus souvent écrite, est ponctuée par l’engagement de hautes figures dans de grandes causes. De Voltaire aux derniers grands noms des années 1980, l’odyssée des clercs se relate à partir de pratiques où la prise de parole publique s’impose comme le principal levier de l’action. La science y est plus légitimante qu’opérante.

La nouvelle situation faite aux intellectuels, parfois décrite comme une déprise sociale et politique au profit d’un repli sur l’activité scientifique, conduit à réinterroger cette histoire héroïque. Les intellectuels, notamment ceux qui sont issus des sciences sociales, se sont aussi inscrits dans une autre histoire qui les insère dans un rapport négligé à l’action publique. Face à l’injustice, ils ne furent pas seulement les meilleurs agents de l’indignation légitime mais aussi ceux qui s’efforcèrent d’y remédier : pas seulement la harangue de Sartre sur son tonneau mais aussi, par exemple, les austères ...

Christophe Prochasson

Historien, Président de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales