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Aux armes citoyens ? Violences du pouvoir et pouvoir de la violence au Cameroun

Ecrivain

« Il n’y a pas dans le monde un pauvre type lynché, un pauvre homme torturé, en qui je ne sois assassiné et humilié », écrivait Aimé Césaire ; cela sonne juste, aujourd’hui, au Cameroun. Pourquoi cette obsession du pouvoir à recourir aussi systématiquement à la force des armes en cas de conflit socio-politique ? Le résultat est là : au cœur d’une farce démocratique des citoyens morts-vivants, en sursis, dans un État qui se délite et semble prêt à s’embraser.

Le 14 janvier 2020, au Lycée de Nkolbisson, dans une proche banlieue de Yaoundé, l’enseignant de mathématiques Boris Kevin Njomi Tchakounté est poignardé à mort par un de ses élèves. Le 30 janvier 2020, des milliers de ses collègues enseignants et d’élèves qui étaient venus à la levée de son corps au Centre Hospitalier Universitaire de Yaoundé, question de rendre un dernier hommage au disparu, sont dispersés aux jets d’eau et au gaz lacrymogène. Nombre d’entre eux sont arrêtés, matraqués avant d’être libérés plus tard.

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On se souvient qu’en novembre 2016, des avocats et des enseignants des régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont entrés en grève pour des revendications essentiellement professionnelles. Les avocats réclamaient la traduction des actes OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires) et la restauration de la pratique du Common Law dans les deux régions. Les enseignants quant à eux, protestaient contre ce qu’on a appelé la « francophonisation » progressive de l’ensei...

Ambroise Kom

Ecrivain, Professeur émérite des universités