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Environnement

Habiter la Terre au temps des pandémies

Politiste

Contrairement à ce que l’on peut entendre, l’épidémie de Covid-19 n’est pas une « chance pour le climat ». Les conséquences sur l’environnement pourraient même s’avérer désastreuses, et il semble illusoire de vouloir appliquer au changement climatique les mêmes mesures que celles qu’on applique actuellement contre le coronavirus. Il nous faudra au contraire retrouver le sens de ce que nous avons en commun, au-delà de nos frontières nationales, pour garder la Terre respirable par tous.

Le cygne noir est un animal rare, présent surtout en Australie. C’est un animal tellement rare qu’en prospective, un cygne noir désigne un événement dont la probabilité de survenance est très faible, mais dont les conséquences sont catastrophiques[1]. On pourra toujours dire que la pandémie du Covid-19 était prévisible, que nous aurions dû être alertés par l’épidémie de SARS, que plusieurs articles scientifiques nous avaient mis en garde, que les rapports de la CIA l’avaient envisagée, que Bill Gates nous avait prévenus… Certes. Reste que nous n’étions pas préparés, et que cette crise a eu des conséquences très improbables, dont je me souviendrai.

Je me souviendrai de tous ces morts, décédés du Covid-19, d’un AVC ou d’un cancer, que leurs proches n’ont pas pu entourer dans leurs derniers instants. Je me souviendrai que les caissières de supermarché, dont on annonçait depuis des années le remplacement par des caisses automatiques, étaient désormais considérées comme des travailleuses essentielles. Je me souviendrai que le Financial Times recommandait un impôt sur la fortune, dans un éditorial. Je me souviendrai que la Tunisie a expulsé 30 Italiens, et pas l’...

François Gemenne

Politiste, Chercheur qualifié du FNRS à l’Université de Liège, enseigne les politiques du climat et les migrations internationales à Sciences Po Paris et à l’Université Libre de Bruxelles