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Le Covid-19, un tournant pour l’Union européenne ?

Politiste

Depuis deux jours, l’Eurogroupe est réuni en visioconférence dans l’un des climats de tension les plus vifs depuis sa création. Si l’avenir de l’Union européenne est en suspens, tout ne se jouera pourtant pas dans ce conclave. Et pour comprendre la situation actuelle et dessiner des perspectives futures, il faut revenir sur la crise durable que connaît l’Europe – et se demander si, paradoxalement, le Covid-19 ne s’avèrera pas un remède aussi étrange qu’inattendu.

Le décalage entre les attentes politiques dont l’Union européenne (UE) fait l’objet et sa structure objective (un champ relativement technicisé de fabrication de politiques communes sous dépendances multiples) a encore frappé lors de la crise du coronavirus. Et l’on a, une nouvelle fois, affaire à des séquences d’interprétation bipolaires : tantôt l’absence, tantôt l’étouffante présence de la mort prochaine.

Dans un premier moment de la crise, l’UE est apparue comme marginale et presque superflue tant la période a été marquée par l’omniprésence de l’État-nation (très forte coercition de l’appareil d’État, fermetures de frontières, narrations centrées sur la solidarité nationale). Symptomatiquement, alors que le premier discours du président de la République française était très (voire ostensiblement) centré sur l’Europe, il n’en est pratiquement plus question dans son second discours instaurant l’état d’urgence sanitaire. Les rares experts qui s’y sont intéressés ont de surcroit pointé les difficultés et le relatif retard à l’allumage de la coordination européenne sur la question sanitaire (

Didier Georgakakis

Politiste, Professeur de science politique à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne