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Dans la marée de l’incertitude, une lettre de Wuhan

Écrivaine

En janvier 2020, l’écrivaine chinoise Fang Fang commence à raconter ce qui se passe à Wuhan, où elle réside. Elle écrit son quotidien, et ses inquiétudes. Son « journal de confinement » est lu par des millions de Chinois sur les réseaux sociaux. Mais très vite son compte Weibo est bloqué. La situation s’aggrave lorsque des éditeurs occidentaux la contactent pour publier ses textes – on l’accuse alors de trahir son pays. Elle revient sur son combat, ses incertitudes persistantes, mais aussi son espoir pour l’avenir.

À l’automne 2018, j’ai pris ma retraite. J’ai commencé à toucher une pension et surtout, j’ai pu passer plus de temps chez moi, l’esprit tranquille, à lire, écrire, jardiner, et partir de temps à autre en voyage. Grâce à quarante ans de politique de réforme et d’ouverture, nous profitons en Chine de conditions de vie de plus en plus agréables si bien qu’avec ma pension de retraite et mes droits d’auteur, je me préparais à passer mes vieux jours de manière paisible et confortable.

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Je m’imaginais vivre les années à venir dans une forme d’insouciance et de liberté, sans que rien ne puisse plus se présenter pour troubler cet équilibre. à la belle saison, nous partirions en voiture, entre amis, explorer quelque nouvel endroit, et les gens que nous rencontrerions comme les lieux que nous visiterions nourriraient l’écriture de mes prochains romans. Jour après jour, tout était réglé comme du papier à musique. J’avais mes activités, j’étais heureuse, tout dans ma vie semblait se profiler au mieux.

Mais, alors que personne ne s’y attendait, nous avons été frappés par une catastrophe. En 2020, un nouveau virus s’est soudain attaqué à Wuhan, la ville où je vis. Tout le monde a d’abord paniqué, sans vraiment savoir que faire, avant de reprendre ses esprits et de réaliser que cette catastrophe était en train de bouleverser nos vies. Nous avions basculé dans l’inconnu, tout était devenu incertain. La mort, telle un fantôme, rôdait parmi nous. Le 23 janvier, la municipalité de Wuhan a annoncé la mise en quarantaine de la ville, afin de limiter la propagation de l’épidémie. Je vis dans l’un des quartiers du centre-ville et, comme neuf millions de Wuhanais, je me suis retrouvée bloquée dans la capitale du Hubei.

À partir de ce moment-là, nous avons vécu dans l’incertitude, suspendue au-dessus de nos têtes telle une épée menaçante : peut-être étais-je contaminée ? Ou bien ma fille, qui rentrait tout juste d’un voyage au Japon ? Ou mon frère aîné, vivant dans un quartier alo


[1] Le nom de cette plate-forme permettant de poster des messages signifie littéralement “microblogage”. Elle a été créée en 2009. A l’origine, les messages étaient limités à 140 caractères, ce qui a souvent conduit à comparer Weibo à Twitter, Depuis 2016, ils peuvent compter jusqu’à 2000 sinogrammes. (Toutes les notes sont du traducteur.)

[2] Ophtalmologue de l’hôpital central de Wuhan, l’un des premiers à avoir alerté sur l’apparition d’une pneumonie atypique à Wuhan, et sur sa dangerosité. Convoqué par la police et sanctionné pour avoir diffusé des informations à ce sujet dans un groupe de discussion sur WeChat, il a été par la suite contaminé. Il est décédé du Covid-19 le 6 février 2020.

[3] Application multifonctionnelle créée en 2011, comprenant notamment un service de messagerie et un espace de partage de « moments » semblable au « mur » de Facebook.

[4] Sur WeChat, les comptes publics, à la différence des comptes personnels, permettent d’envoyer des publications à des abonnés. Ces comptes disposent d’une fonction « pourboire » que les abonnés peuvent utiliser pour rétribuer le titulaire du compte, quand une publication leur a plu. En règle générale, plus les contenus sont sensationnalistes, plus leurs auteurs parviennent à récolter de pourboires, qui peuvent alors se chiffrer en plusieurs dizaines de milliers de yuans.

Fang Fang

Écrivaine

Notes

[1] Le nom de cette plate-forme permettant de poster des messages signifie littéralement “microblogage”. Elle a été créée en 2009. A l’origine, les messages étaient limités à 140 caractères, ce qui a souvent conduit à comparer Weibo à Twitter, Depuis 2016, ils peuvent compter jusqu’à 2000 sinogrammes. (Toutes les notes sont du traducteur.)

[2] Ophtalmologue de l’hôpital central de Wuhan, l’un des premiers à avoir alerté sur l’apparition d’une pneumonie atypique à Wuhan, et sur sa dangerosité. Convoqué par la police et sanctionné pour avoir diffusé des informations à ce sujet dans un groupe de discussion sur WeChat, il a été par la suite contaminé. Il est décédé du Covid-19 le 6 février 2020.

[3] Application multifonctionnelle créée en 2011, comprenant notamment un service de messagerie et un espace de partage de « moments » semblable au « mur » de Facebook.

[4] Sur WeChat, les comptes publics, à la différence des comptes personnels, permettent d’envoyer des publications à des abonnés. Ces comptes disposent d’une fonction « pourboire » que les abonnés peuvent utiliser pour rétribuer le titulaire du compte, quand une publication leur a plu. En règle générale, plus les contenus sont sensationnalistes, plus leurs auteurs parviennent à récolter de pourboires, qui peuvent alors se chiffrer en plusieurs dizaines de milliers de yuans.