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Interfaces reines et miroitements d’existences : l’image au temps du confinement

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Au début des ordinateurs et d’internet, les interfaces s’inspiraient d’objets familiers – des bibliothèques, des livres, un « bureau »… Les smartphones ont bouleversé ce rapport : nous évoluons d’application en application, à l’intérieur des images, comme absorbés par l’objet. À chaque instant, nous pouvons nous tourner vers ces écrans-miroirs qui nous renvoient l’image d’un monde, d’un monde-images, monde prétendu, et ainsi préserver une impression de familiarité même dans le grand dépaysement du confinement.

L’image s’étale sur les murs d’une station de métro parisienne : une femme, assise sur son lit, une tablette sur les genoux. Sur la tablette, la photographie de ses genoux nus qu’un amant, en réalité absent, embrasse. Cette affiche publicitaire post-confinement, mettant en avant une marque de préservatif et l’injonction de se retrouver, exprime du confinement quelque chose de particulier : cette période, pendant laquelle les écrans ont contenu tous les aspects, qu’ils soient professionnels, amicaux, amoureux, familiaux, de nos vies, a été le théâtre d’un renversement.

Pendant deux mois, il n’y a eu d’existence qu’à travers les interfaces. Il n’y a eu que des images d’existence. La nature de ce qui est montré sur la tablette est ici aisément reconnaissable : il n’y a aucun doute sur le fait qu’une photographie soit une image. Il semble plus compliqué pour nous d’admettre qu’à chaque instant de la navigation, toute interface numérique possède elle aussi les attributs d’une image. De là sa puissance inédite d’absorption.

La trajectoire formelle des interfaces voit ressurgir, à chaque nouvelle tendance, un type antérieu...

Léa Abaroa

Designer