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On tue en Haïti dans l’indifférence générale

Écrivain

Dans les médias occidentaux, on parle peu d’Haïti. Et pourtant là-bas se joue une tragédie quotidienne. Le président Jovenel Moïse s’accroche au pouvoir, malgré la forte protestation du peuple. Les manifestations pacifiques sont sévèrement réprimées. Des opposants politiques sont persécutés ou assassinés. La pauvreté augmente tandis que le pouvoir, corrompu, s’enrichit. L’Occident « démocratique » devrait peut-être s’interroger sur l’origine de son indifférence et de son mutisme face au combat politique que mène le peuple haïtien pour plus de justice sociale, plus de liberté et d’égalité.

Dans les médias occidentaux, on parle peu d’Haïti. La mort au quotidien est moins spectaculaire qu’une catastrophe naturelle. Et la légende d’un pays maudit dont l’histoire est constituée d’une succession de petits et de grands malheurs s’est subtilement infiltrée même chez des esprits savants qui ont, sur d’autres sujets, fait métier de comprendre et de penser.

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Haïti pose une difficulté à la conscience et à la pensée occidentales. La colonie française de Saint-Domingue fut un temps le grenier de la France et c’est une guerre d’extermination que l’armée expéditionnaire levée par Napoléon Bonaparte était venue livrer aux esclaves révoltés au début du XIXe siècle. Une guerre perdue. L’indépendance d’Haïti, conquise par les armes, constitue la plus révolutionnaire des entrées dans la modernité (anti-coloniale, anti-esclavagiste, anti-raciste). Elle confronte la pensée des Lumières à ses propres limites.

L’existence de l’État d’Haïti sera niée par les puissa...

Lyonel Trouillot

Écrivain, Poète