A Analyse

Politique

Échapper au piège identitaire : repenser la « différence culturelle »

Anthropologue

Entre l’intransigeance des « républicains » et le relativisme des « décoloniaux », comment trouver une voie moyenne qui permettrait de sauver l’universalisme sans nier que ce principe ait pu à diverses époques justifier la colonisation ou la domination occidentale sur le reste du monde ?

Depuis quelques années, l’universalisme fait l’objet d’un débat nourri entre deux factions du paysage intellectuel et politique. D’un côté, on peut noter l’existence d’une mouvance universaliste, républicaine et laïcarde dont le signe distinctif est l’hostilité au foulard, et qui dénonce le « racisme anti-blanc ». De l’autre, une mouvance décoloniale qui fustige l’universalisme taxé de « blanc » et qui voit dans ce principe une idéologie justifiant l’esclavage, la domination coloniale et la sujétion dans laquelle sont maintenus les « racisés ». À cette critique de l’universalisme est liée l’utilisation par les décoloniaux d’autres notions comme celle de « privilège blanc », c’est-à-dire l’aveuglement des Blancs envers la suprématie qu’ils exercent de fait dans notre société.

Entre ces deux postures, il est bien difficile de trouver une voie moyenne qui permettrait de sauver l’universalisme sans nier que ce principe ait pu à diverses époques justifier la colonisation ou la domination occidentale sur le reste du monde en imposant de façon aveugle les « droits de l’homme », en combattant hors de tout contexte l’excision ou bien encore en imposant l’expression publique de l’homosexualité aux gays et aux lesbiennes de...

Jean-Loup Amselle

Anthropologue, Directeur de recherche émérite à l'EHESS