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De la raison sécuritaire à la raison sanitaire : la gestion pandémique en Israël et Palestine

Sociologue

Ni l’État d’Israël, ni l’Autorité Palestinienne n’avaient de plan de gestion d’épidémie, mais leurs citoyens, particulièrement habitués aux économies de guerre, savent s’organiser rapidement, de Gaza à Ramallah, jusqu’à Tel-Aviv. À ce titre, le lien qui unit le citoyen palestinien ou israélien à l’État-nation repose sur l’intériorisation d’un ensemble de normes sécuritaires. C’est seulement parmi les ultra-orthodoxes juifs que le refus de se plier à la règle politique a produit des conséquences sanitaires graves.

La crise sanitaire est riche d’enseignements pour qui veut comprendre les structures du pouvoir, de l’État et des institutions qui concourent au gouvernement des populations. Des notions comme celle de « biopolitique » ou de « résilience » semblent être devenues essentielles, en Europe et ailleurs. Les contributions abondent pour décrire un « état d’exception » et plus généralement l’optimisation du souci sanitaire dans la gestion de l’épidémie de la Covid-19. Dans le cas d’Israël, ces termes ont une signification particulière car les populations, tout comme l’urbanisme et les environnements, sont depuis la naissance de l’État régulés et encadrés dans une perspective sécuritaire.

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Aussi, à l’heure où se met en place en France et dans d’autres pays un état d’urgence sanitaire, ce type de gouvernementalité s’applique de longue date en Israël. La raison sécuritaire repose sur l’état d’urgence, en vi...

Sylvaine Bulle

Sociologue, Professeure à l'ENSA de Paris Diderot