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Le virus du sophisme – lettre à André Comte-Sponville

Philosophe

Le philosophe André Comte-Sponville s’est beaucoup exprimé sur la pandémie dans les médias, pour regretter la panique qu’elle a suscitée et interroger notamment le choix du confinement et la sensibilité de nos sociétés à la mort des plus âgés. Son ami Jean-Pierre Dupuy lui adresse ici une lettre ouverte, qui est l’occasion de revenir sur ses arguments dans lesquels il reconnaît une forme de sophisme. Ce dialogue sur la vie et la mort soulève aussi nombre de questions éthiques auxquelles le virus nous a brutalement ramenés.

Cher André,

Je te remercie de m’avoir adressé ton texte sur le coronavirus. À vrai dire, il ne m’a pas appris grand-chose, car il reprend dans les mêmes termes, avec les mêmes phrases ou expressions, ce que j’ai lu de toi dans cinq autres textes, également excessivement répétitifs. (Je ne t’ai ni vu à la télévision ni entendu à la radio sur le sujet qui nous occupe, et j’ignore tout des réactions que tes interventions ont suscitées.)

Mon jugement reste inchangé. « Choqué » n’est pas le mot qui convient, comme s’il s’agissait avant tout d’un conflit de valeurs, d’une « guerre des dieux », indécidable donc. C’est beaucoup plus grave que cela. Autant le dire de façon nette, je tiens que, sur ce sujet, tu penses faux et tes arguments sont invalides, ce qui est inquiétant de la part d’un philosophe. Ce n’est que dans un second temps que les jugements de valeur que tu portes me restent au travers de la gorge, ce qui me désole venant de toi. Le caractère répétitif, insistant de ton propos crée un malaise, lorsqu’on comprend qu’il repose sur des sophismes, en vérité un seul, bien repéré d’ailleurs par la logique et la métaphysique.

Tu revendiques l’usage...

Jean-Pierre Dupuy

Philosophe, Professeur à Stanford University