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Société

Coronavirus, une banale gestion sécuritaire de l’exception

Sociologue

Après l’Assemblée Nationale qui doit livrer ses conclusions fin juillet, c’est au tour du Sénat de lancer jeudi une commission d’enquête sur la gestion de l’épidémie de Covid-19. Si, face à l’inconnu et aux incertitudes qui en découlent, une certaine improvisation a été de mise, on peut d’ores et déjà remarquer que les décisions prises pendant la crise ne sont pas totalement inédites. Elles rappellent l’approche sécuritaire et policière mobilisée récemment face aux « émeutes de banlieue », aux manifestations ou au mouvement des Gilets jaunes.

La gestion de la crise par le gouvernement a fait l’objet de nombreuses critiques, plus ou moins justifiées. Naturellement, l’émergence d’un virus aux caractéristiques mal connues a suscité des réactions qui peuvent paraître désordonnées, ou même contradictoires. Les discours autour du port du masque n’en est qu’une des manifestations les plus évidentes. Face à l’inconnu et aux incertitudes qui en découlent, une certaine improvisation est forcément de mise.

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Néanmoins, les politiques menées ne relèvent pas du hasard. Confrontés à la nouveauté, ou à des phénomènes méconnus, les gouvernements, ou l’ensemble des acteurs amenés à gérer un problème, ont tendance à apporter des réponses qui, avec le recul, sont redondantes et souvent stéréotypées. Plus exactement, ils s’inscrivent dans des mécanismes collectifs qui les amènent à réagir de manière finalement assez prévisible, alors même que les questions qui se posent sont de nature différente, ce que la sociologie de la décision a mon...

Christian Mouhanna

Sociologue, chargé de recherche au CNRS, directeur du Centre de recherches sur le droit et les institutions pénales (CESDIP)