A Analyse

Société

Observations sur la fin de la mort par temps de pandémie

Anthropologue

La guerre pour la vie, revers de la guerre contre la mort, a un prix. Constituer la mort en ennemi, la considérer en opposition avec la vie, c’est-à-dire tout à fait séparée d’elle, a ainsi eu des conséquences réelles, que l’on repère dans le traitement réservé aux personnes qui vivaient en Ehpad durant le confinement, et dans celui des morts eux-mêmes. Un enseignement à méditer alors que les autorités sanitaires craignent le rebond de l’épidémie de Covid-19.

Au mois de mars, la mort déboula à une échelle de masse inconnue de nos vies pacifiques puisque l’estimation française porta à 600 000 le nombre de morts possibles du coronavirus si aucun confinement n’était réalisé. Ainsi, durant deux mois, la mort s’affirma, par décrets et ordonnances, comme l’horizon exclusif et enjoignit l’État à ordonner l’exode de la population à la maison. Ce faisant, la vie devint le centre de gravité de la politique et la législatrice de nos existences publiques – ou ce qu’il en restait – comme privées.

La vie devait faire plier la mort et l’affichage, par l’État, de son mépris soudain pour la croissance économique et ses points de PIB perdus, attestait de sa volonté comme de sa bonne foi. C’est ainsi que la fable de la mise entre parenthèses de l’économie prit corps puisqu’elle passait plus ou moins sous silence ceux qui pourtant travaillaient encore plus dur – chez eux, chez leur patron–, ceux qui, sans salaire ni réserve d’argent, avaient faim – familles populaires, ouvriers sans papiers, étudiants pauvres–, ceux qui rejoindraient Pôle Emploi, ou encore ceux qui mendieraient dans les rues. Mais qu’importe puisque dans le mot survie

Catherine Hass

Anthropologue, Chercheuse associée au CERNA (Centre d'Économie Industrielle), MINES ParisTech, PSL Research University, chargée de cours à Sciences po Paris.