A Analyse

Ecologie

Feux de forêt, l’autre ensauvagement

Philosophe

Les feux d’une extrême violence qui font rage actuellement sur la côte ouest des États-Unis sont appelés wildfires. Des feux désignés comme sauvages donc, malgré leur nature anthropique, parce que destructeurs, paroxystiques et violents. Par le passé, c’est un autre sens du mot qui prévalait et les feux sauvages l’étaient parce que naturels. Cet affrontement entre les deux aspects du sauvage pose aujourd’hui des questions très politiques.

Quoi de plus sauvage qu’un feu de forêt ? À deux titres : il ensemence la terre et régénère le paysage, mais il sème la destruction et apporte la mort[1]. Habituellement, les feux passent de manière raisonnable, ponctuellement, saisonnièrement. Ils font « partie » de la nature. Certes, ils en modifient l’aspect, mais contribuent aux cycles de la forêt. Ils sont donc sauvages au sens où ils sont « naturels ». L’équivalent anglais serait la wilderness : c’est la nature coupée des activités humaines, non transformée par elles, qui sert à la fois de modèle, d’explication générale, parfois de paradis plus ou moins perdu.

Cette nature sans humains est ou plus exactement, fut, réelle, jusqu’à il y a deux millions d’années environ. Comme l’a montré le grand historien du feu, Stephen Pyne, les feux qu’il appelle « spontanés » ont contribué à la façonner depuis que le dioxygène existe dans l’atmosphère. Ces feux, provoqués essentiellement par la foudre par temps d’orage sec, étaient des événements réguliers ; mais à l’échelle de la vie humaine, ils étaient rares. Il...

Joëlle Zask

Philosophe, Professeure de philosophie politique à l'université d'Aix-Marseille