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Société

Fragilité blanche, colère française

Ancien député européen (Vert)

Le rapprochement entre le meurtre de George Floyd et celui d’Adama Traoré a suscité de vives protestations. Comme souvent en matière de mouvement sociaux, toute référence à des situations, ou pire des concepts, « américains » est instrumentalisée pour invalider les revendications d’égalité qu’elle sous-tend. La traduction récente en France de l’ouvrage à succès de la sociologue américaine Robin DiAngelo sur ce qu’elle appelle la « fragilité blanche », et les réactions qu’elle a suscitées, en offre un parfait exemple.

Cela dure depuis plusieurs décennies, mais ça s’aggrave : chaque nouvelle vague des mouvements sociaux, féminisme ou écologie, se voit récusée comme « anglo-saxonne », quand bien même, d’Élisée Reclus à Simone de Beauvoir, on n’aura aucun mal à lui trouver des ancêtres bien de chez nous. Aujourd’hui : l’anti-racisme.

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Je ne vais pas faire d’archéologie. Dans ma mémoire immédiate, la grogne a commencé quand en janvier 2015 un Premier ministre, qui ne faisait que reprendre le vocabulaire des spécialistes du Mirail et autres Cité des 4000 logements de La Courneuve (voir par exemple Ghetto urbain paru en… 2008 !) eut le malheur de parler de « ghettos urbains » pour désigner ce qu’un bon Français se doit d’appeler « quartiers prioritaires de la Politique de la Ville ». Hannibal ad portas !

Alain Lipietz

Ancien député européen (Vert), Économiste