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Société

La justice des mineurs, au risque du paternalisme ?

Sociologue

Le Parlement doit définitivement adopter ce 16 février la réforme de la justice pénale des mineurs. Un nouveau code de justice entrera donc en vigueur en septembre prochain, remplaçant l’ordonnance de 1945. Réécrit une quarantaine de fois, le texte avait su conserver l’aura d’une justice « idéale », personnalisée, une image qu’il faut toutefois relativiser à l’aune des travaux qui adoptent une perspective intersectionnelle. Ce qui ne doit pas empêcher un regard critique sur une réforme qui non seulement ne résout rien, mais menace la dimension éducative de la justice des mineurs, qui se rapproche ainsi de celle des majeurs.

Il n’est pas rare d’entendre dire que la justice des mineurs est constamment réformée : en témoigneraient les multiples réformes de l’Ordonnance du 2 février 1945 qui la fonde dans son aspect contemporain, c’est-à-dire en tant que justice spécialisée, construite autour de la figure centrale du juge des enfants. Certes, l’Ordonnance fondatrice va prochainement disparaître pour laisser place à un « Code de la justice pénale des mineurs » promu en son temps par la droite sarkozyste, certes le vocabulaire des gouvernements successifs depuis 2002 et sa campagne présidentielle sur le thème de l’insécurité s’est radicalisé (voir Gérald Darmanin et son usage de la notion d’« ensauvagement de la société », au cœur de la rhétorique identitaire d’extrême droite depuis plusieurs années), mais, dans le même temps, les tribunaux pour enfants demeurent, ainsi que la volonté de toujours faire primer « l’éducatif » sur le « répressif ».

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Les représentations collectives de la justice des mineurs témoignent des évolutions du regard porté dans la société sur les déviances adolesce...

Arthur Vuattoux

Sociologue, maître de conférences à l’Université Sorbonne Paris Nord