Politique

En plein confusionnisme, au bord du précipice politique (2/2)

Politiste

Les dérèglements idéologiques confusionnistes dans le « macronisme » et à gauche ont facilité l’extrême droitisation des espaces publics en 2021-2022, en contribuant à nous rapprocher du péril électoral. Si l’invasion russe a d’abord eu pour effet collatéral de freiner la dynamique « postfaciste », les résultats de la présidentielle apparaissent tout à la fois un effet et un agent de sa consolidation. Deuxième volet d’une exploration des jeux récents du « postfascisme » et du confusionnisme.

Le premier volet de cet article a tenté de mettre en perspective conceptuelle et historique la dynamique idéologique « postfasciste » en 2021-2022, c’est-à-dire une fois achevée l’enquête menée dans La grande confusion. Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées (livre terminé en décembre 2020 et publié en mars 2021 aux éditions Textuel). Avec le deuxième tour de la présidentielle de 2022, le précipice politique apparaît plus près de nous, encore quelques enjambées et…

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Cette dynamique a bénéficié de l’appui non intentionnel de poussées confusionnistes dans des directions et par des protagonistes diversifiés. Rappelons que la « formation discursive » (notion empruntée à Michel Foucault) confusionniste est appréhendée comme un espace d’interférences et d’hybridations entre des discours d’extrême droite, de droite, du « macronisme », de gauche modérée dite « républicaine » et de gauche radicale, dans un contexte de crise de « la gauche ». Si l’agression poutiniste en Ukraine a déplacé momentanément certaines coordonnées de la période, les résultats de l’élection présidentielle continuent à inscrire les extrêmes droites au cœur idéologique et politique de l’hexagone public. Le « postfascisme » est maintenant aux portes du pouvoir politique, prêt à recueillir dans cinq ans les fruits de nouvelles déceptions politiques, de nouvelles frustrations sociales et de nouvelles confusions idéologiques.

Du fantasme de « l’islamogauchisme » au mouvement antipass-antivax

La dénonciation d’un fantomatique « islamogauchisme » a, au croisement de la gauche dite « républicaine » et du « macronisme », largement occupé les médias à partir des déclarations du 14 février 2021 de la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Dès janvier 2021 avait été créé un « Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires » via un appel signé par 76 universitaires (Nathalie Heinich, Catherine Kintzler, Pierre-André Taguieff, Pierre Vermeren…). Ce type de discours aboutit à une focalisation sur « les musulmans » et s’accompagne d’amalgames conservateurs élargis, contre les études de genre, l’écriture inclusive, les courants postcoloniaux de langue anglaise, les problématiques décoloniales d’origine latino-américaine, l’intersectionnalité, etc.

Cet épisode connaît deux rebondissements : un prolongement politicien avec la création le 13 octobre 2021 par le ministre de l’Éducation nationale du think tank « Le Laboratoire de la République », orienté contre un « wokisme » évanescent en France, et un écho universitaire avec l’organisation par ledit « Observatoire du décolonialisme » d’un colloque à la Sorbonne intitulé « Après la déconstruction : reconstruire les sciences et la culture » les 7 et 8 janvier 2022, en présence de Jean-Michel Blanquer. Cette galaxie dite « républicaine » apparaît mue par une panique morale s’accrochant à un identitarisme national-républicain, qui ne se perçoit pas comme un identitarisme car croyant posséder les clés de « l’universalisme » depuis un ridicule hexagonal.

Elle a pris plus d’importance au sein du « macronisme » avec le tournant « sarkozyste » des discours d’Emmanuel Macron à partir de décembre 2018, en réaction à la crise des « gilets jaunes », via un usage soft du quadriptyque « identité nationale-immigration-islam-insécurité ». Cela mènera à loi dite sur « le séparatisme » du 24 août 2021. La notion de « séparatisme » en un sens ethno-culturel est issue du livre Fractures françaises (2010) de Christophe Guilluy, essayiste conservateur venant de la gauche.

Un autre pic confusionniste a mobilisé les partis de la gauche de gouvernement : PS, PCF et EELV. Olivier Faure, Fabien Roussel et Yannick Jadot participent le 19 mai 2021, aux côtés de responsables du RN et d’Éric Zemmour, à une manifestation ultra-sécuritaire organisée par des syndicats de policiers. Dans le cas de Fabien Roussel, cela s’inscrit à l’intérieur d’un accroissement des ambiguïtés confusionnistes dans les discours du candidat communiste à la présidentielle sur les terrains de la sécurité, des migrants et de la laïcité, entourées d’accents cocardiers. On doit préciser qu’il n’y avait pas dans La grande confusion de locuteurs confusionnistes communistes.

Le mouvement antipass-antivax marquant l’été 2021 va exprimer une autre vague confusionniste. Le mouvement des « gilets jaunes » avait été composite, mêlant des dimensions émancipatrices, confusionnistes et ultraconservatrices. Par rapport à lui, le mouvement antipass-antivax va faire régresser les composantes émancipatrices (autour d’un slogan vague et polysémique de « liberté » fréquemment déconnecté d’un souci de bien commun) et développer des composantes confusionnistes et ultraconservatrices, des figures d’extrême droite (comme Florian Philippot) et de droite radicalisée (comme Nicolas Dupont-Aignan) étant plus nettement présentes dans sa visibilisation. On a pu observer dans ces manifestations des stigmatisations délirantes de relativisme quant à notre État de droit à tendances autoritaires : « dictature », « totalitarisme »… jusqu’à l’abject des étoiles jaunes et d’un slogan comme « Non au paSS nazitaire ! » En complément de ce négationnisme larvé, l’antisémitisme y a trouvé, de manière minoritaire, un lieu de publicisation.

Comme l’a montré Philippe Marlière, cela a constitué une accélération confusionniste au sein de la gauche radicale politique et intellectuelle. La France insoumise, par les voix tonitruantes de François Ruffin et de Jean-Luc Mélenchon, a été en pointe dans le soutien au mouvement. Dans une tribune antipass publiée sur le site de Libération le 6 août 2021, on trouve notamment les noms de Ruffin et du député européen des Républicains, issu de La Manif pour tous, François-Xavier Bellamy. Et, dans nombre de villes de province, sympathisants d’extrême droite et de gauche ont manifesté dans les mêmes cortèges. Dès janvier 2021, les universitaires américain et canadien William Callison et Quinn Slobodian ont exploré des confusions similaires, qu’ils nomment « diagonalistes », autour du Covid-19 en Allemagne et aux États-Unis.

Dans cette configuration, la gauche critique intellectuelle a fourni des personnalités légitimantes. Le sociologue Laurent Mucchielli est devenu une figure du complotisme antivax. La philosophe Barbara Stiegler a fantasmé dans Reporterre sur un complot venant du pouvoir afin de rompre avec le « modèle démocratique » : « Un nouveau mode de gouvernement est ici testé. Les autorités détournent les questions sanitaires pour instaurer une société de contrôle extrêmement invasive dans laquelle la démocratie est suspendue ». Encore plus grotesque, l’essayiste Juan Branco, dont le complotisme anti-Macron a eu un certain succès en 2018-2019 avec le pamphlet Crépuscule, a développé un discours covido-conspirationniste contre « le système » et « l’oligarchie » dont « le but » serait de « créer une société policière » et d’« amener une guerre civile qui permette de protéger leurs intérêts ». Et il le fait dans un entretien mis en ligne le 30 janvier 2022 sur une chaîne YouTube proche de la fachosphère, Les Incorrectibles, comme l’ont analysé les journalistes Maxime Macé et Pierre Plottu pour Libération. Branco s’y définit comme « laïc de gauche » tout en valorisant « les racines chrétiennes » de la France, brouillant un peu plus les repères…

Plus étonnant, eu égard à la lucidité qu’il incarne souvent dans les débats publics depuis la création de Mediapart en 2008, Edwy Plenel, dans le sillage d’une lecture trop positivement homogénéisante des « gilets jaunes », exprime le 9 août 2021 de la compréhension à l’égard du mouvement antipass, en s’en prenant à ses critiques et en délégitimant au passage le décryptage du confusionnisme : « Praticiens, politiques, intellectuels, universitaires, éditorialistes, etc. : ancrés dans leurs convictions et leurs légitimités, ceux qui possèdent – ou pensent posséder – le savoir et l’expérience méprisent aisément la confusion qui y règne ». Bien après, Plenel tweete le 12 février 2022 sa sympathie avec le « convoi de la liberté » contre « l’autoritarisme sanitaire » et au nom des « colères populaires ». Dans les dérapages confusionnistes à gauche, le manichéisme anti-Macron prend souvent le pas, même parmi les intelligences critiques et émancipatrices les plus acérées.

L’extrême droite banalisée

Le mouvement antipass-antivax a défait un peu plus la frontière symbolique avec l’extrême droite, indépendamment des intentions de ses soutiens de gauche. Julien Coupat et ses acolytes d’ultragauche en tirent les conséquences en janvier 2022 dans leur Manifeste conspirationniste (Seuil) en célébrant la découverte « des frères et des sœurs là même où l’on s’y attendait le moins », parmi les « fascistes » donc (p. 377) !

Cependant le détricotage de la frontière symbolique avec l’extrême droite a eu d’autres contributeurs à gauche. Du côté du centre-gauche dit « républicain », Raphaël Enthoven lance sur Twitter le 7 juin 2021 qu’il voterait Marine Le Pen si le deuxième tour de l’élection présidentielle l’opposait à Jean-Luc Mélenchon. Du côté de la gauche radicale, Frédéric Lordon rassemble en septembre 2021 sur son blog du Monde diplomatique « extrême droite et droite extrême » (RN, LR, LREM, MoDem) en les séparant de « la droite » (PS) et de la gauche (LFI). Plus, le 19 avril 2022, encore sur son blog, peu avant le vote du second tour, sans dire s’il allait voter et pour qui, Lordon s’en prend principalement aux tenants du « barrage » contre l’extrême droite (Le Monde, Thomas Piketty, Dominique Méda…) : « Il faut bien le dire, tout ce que le pays compte de précepteurs barragistes, escamoteurs par peur ou par « pédagogie », donne furieusement envie de leur désobéir, et depuis assez longtemps déjà. »

Entre anarchisme et « souverainisme », Michel Onfray a adoubé d’une certaine manière la pré-candidature présidentielle de Zemmour, sa revue confusionniste Front populaire organisant le 4 octobre 2021 au Palais des Congrès un débat public avec lui au fort écho médiatique. Pire, il a légitimé le 3 février 2022 sur Europe 1, au micro de la journaliste ultraconservatrice Sonia Mabrouk, la notion raciste de « grand remplacement » en l’assimilant indûment à la notion antiraciste de « créolisation », en déréglant un peu plus les balises idéologiques : « C’est qu’effectivement la civilisation s’effondre et c’est qu’effectivement il y a un remplacement de peuple. Et donc la droite c’est je le rappelle enfin « le grand remplacement » et à gauche ça s’appelle « la créolisation » ». Remarquons aussi que l’extrême droite est devenue pour Onfray, depuis au moins septembre 2015, « la droite ». Entre les deux tours de la présidentielle de 2022, il redit publiquement le 19 avril sur RMC et BFM TV que, pour lui, Marine Le Pen n’est pas d’« extrême droite », tout en précisant qu’il n’a pas voté au premier tour et qu’il ne voterait pas au second.

À l’écart de ces complaisantes ambiguïtés, Edwy Plenel a clairement appelé à voter contre l’extrême droite au moyen d’un bulletin Macron, malgré les légitimes critiques que sa politique requière. Remarquons, en bémol, que le chapeau de son appel daté du 19 avril marque une sous-estimation du caractère pluridimensionnel de l’espace du confusionnisme favorisant l’extrême droitisation, en faisant de Macron « le principal responsable de cette catastrophe ». C’est se focaliser de manière exagérée sur un des locuteurs confusionnistes importants.

Le processus de déconstruction en cours de la frontière symbolique avec l’extrême droite, légitimé par des intellectuels et des politiciens, n’est pas sans générer des effets plus larges dans des secteurs de la population, en regard de la large mobilisation anti-Le Pen lors du second tour de la présidentielle de 2002. Ainsi, d’après un sondage IFOP réalisé le 7 mai 2017[1], le jour du second tour de la précédente présidentielle, 54 % des électeurs de Mélenchon auraient voté Macron, 14 % Le Pen et 32 % auraient opté pour l’abstention, le vote blanc ou nul. Le 24 avril 2022, toujours selon l’IFOP, aurait connu un déplacement : 42 % des électeurs de Mélenchon auraient voté Macron, 13 % Le Pen et 45 % auraient opté pour l’abstention, le vote blanc ou nul[2].

De Polony à Mélenchon

Deux personnalités ont, par ailleurs, continué à nourrir la chronique confusionniste en 2021-2022, comme ils l’avaient fait auparavant : Natacha Polony et Jean-Luc Mélenchon.

La première, qui a été en 2001 secrétaire nationale du Mouvement des citoyens, alors animé par Jean-Pierre Chevènement, puis qui est passée par Le Figaro en 2009-2011, est directrice de la rédaction de Marianne – qui occupe le pôle de centre-gauche dit « républicain » dans un axe de stigmatisation des « musulmans » allant jusqu’à l’extrême droite avec Valeurs actuelles en passant par la droite radicalisée avec le FigaroVox –, chroniqueuse à France Inter et possède une émission sur BFMTV depuis août 2021.

Dans une chronique de France Inter du 4 octobre 2021, Polony discrédite les critiques des théories du complot, ce tuyau rhétorique principal des bricolages idéologiques ultraconservateurs et confusionnistes. Elle s’inscrit ainsi dans la lignée de ceux qui, comme Zemmour, Onfray ou Lordon, ont délégitimé l’anticomplotisme. Zemmour, dans un tweet du 20 juillet 2021, a synthétisé le cœur de ces mises en cause : « Complotisme : ce mot des ʺélitesʺ pour disqualifier toute critique. » Autre exemple polonyen puisé dans un article paru dans le numéro 1283 de Marianne du 15-21 octobre 2021 : la journaliste y indique que Zemmour répondrait à des attentes profondes de la population française, notamment face à « l’afflux d’une immigration non intégrée ». Polony se démarque toutefois au final de Zemmour, pas assez « raisonnable » selon elle, mais incarne ainsi une sorte de « zemmmourisation » light par laquelle BFMTV essaye de concurrencer CNews.

Mélenchon a poursuivi, quant à lui, son usage de schémas complotistes. Le 6 juin 2021, il jette un trouble sur les crimes djihadistes et antisémites perpétrés en mars 2012 par Mohammed Merah en les associant sur France Inter à la fanstamagorie du complot (« c’est le système qui l’invente », « tout ça, c’est écrit d’avance »…). Interrogé le 28 octobre 2021 sur BFMTV à propos du qualificatif d’« antisémite » utilisé par le grand rabbin de France pour Zemmour, il le récuse mais met en cause chez Zemmour le « judaïsme » en général. Cela participe d’une suite d’interventions ambiguës de Mélenchon quant à l’antisémitisme, précisément documentées par Olia Maruani mais dont la mélenchonnerie détourne (pudiquement ?) les yeux.

Actualité éditoriale confusionniste : Coupat, Todd, Badiou

Trois livres sont venus également consolider la formation discursive confusionniste en ce début d’année 2022. Il y a bien sûr l’ouvrage de Julien Coupat et de ses amis, Manifeste conspirationniste, dont le Comité invisible s’est dissocié, et qui substitue explicitement l’hypercriticisme complotiste à la critique des structures sociales impersonnelles générant inégalités, dominations et discriminations, historiquement liée à la gauche et à la pensée critique. Le plus inquiétant dans ce cas est le soutien du PDG du Seuil issu de la gauche radicale, Hughes Jallon. Ce dernier a ainsi fait d’un texte intellectuellement médiocre et par moments délirant « un livre qui fera date » en tant que « proposition politique originale, passionnante, intellectuellement structurée » (sic).

La publication de ce pétard mouillé confusionniste a fait deux victimes collatérales, enthousiasmées par lui, au sein des gauches critiques : Hervé Kempf, ancien journaliste du Monde et rédacteur en chef du site écologiste anticapitaliste Reporterre.net, ainsi que le sociologue Michel Kokoreff.

C’est la modalité antiféministe de la « zemmourisation » light qu’a empruntée, d’autre part, l’actualité éditoriale d’Emmanuel Todd et d’Alain Badiou. Le premier, dans Où en sont-elles ? Une esquisse de l’histoire des femmes (Seuil, janvier 2022), prétend remonter jusqu’aux débuts de l’Homo sapiens pour rendre compte de l’ère #MeToo. Il va, dans cette perspective, encadrer les sources anthropologiques qu’il mobilise par une série de préjugés, quant à « la nature humaine » (p. 20), à « une vision stable à fondement biologique des hommes et des femmes » (p. 22), aux prétendus « invariants » de « la famille humaine originelle » (p. 16), qui serait caractérisée par un rapport « bilatéral et relativement féministe » (p. 119 ; ainsi « le poids de la collaboration et de la solidarité au sein du couple » serait beaucoup plus fort que « l’élément d’inégalité », p. 16), à « un ʺordreʺ patriarcal fantasmé » (p. 19)…

Plus, depuis le début des années 2000, nous serions entrés, sous l’aiguillon d’un « féminisme antagoniste » (p. 29), dans une phase de « matridominance idéologique » ou « nouveau pouvoir idéologique féminin » (p. 23). Ce qui aurait favorisé « une chute du dynamisme économique et du niveau de vie » (p 23), un « autoritarisme d’un genre nouveau » (p. 23), « l’affaissement du sens du collectif » (p. 24) et la montée de « l’individualisme » (pp. 171-172), « l’élitisme » (p. 24), « la chute de l’égalité dans l’ordre économique » (p. 175), « l’épanouissement du néolibéralisme » (p. 230), « la chute des activités productrices » (p. 367)… Rien que cela ? Avec toutefois quelques effets positifs : « la chute de la violence physique et le reflux de la guerre », « l’affaiblissement du racisme » et « l’effacement assez rapide de l’homophobie » (p. 23). Ouf !

Ce stock d’idées reçues, vendues comme « le parti de la recherche contre l’idéologie » (p. 32) garantissant une « neutralité axiologique » (p. 374), n’échappe pas à l’humour involontaire, quand Todd parle dès les premières pages de son introduction d’« un reste de domination masculine dans les sphères économiques et publiques » (p. 11). Même s’il ne persistait qu’au niveau des élites économiques, politiques et technocratiques – ce qui est cependant contraire aux données disponibles sur les discriminations sexistes dans la vie quotidienne (dans la sphère domestique, dans le travail, dans la violence sexuelle, etc.) – le pouvoir masculin ne serait pas résiduel !

Todd a depuis longtemps décroché des procédures de validation de ses hypothèses par ses pairs comme des débats méthodologiques et épistémologiques des sciences sociales. Il est ainsi devenu un chercheur surtout pour les journalistes et les politiciens, à cause notamment de la légende erronée selon laquelle il aurait annoncé « la chute de l’URSS », et de moins en moins pour les chercheurs eux-mêmes. Il peut alors exprimer sous le nom de « science » la nostalgie de cadres patriarcaux déniés comme tels et, partant, doter cette nostalgie de légitimité « scientifique » dans l’aire médiatique.

Les Remarques sur la désorientation du monde d’Alain Badiou (Gallimard, coll. « Tracts », janvier 2022) substitue à l’arrogance scientiste de Todd le surplomb philosophique traditionnel. Ce qu’il dit de « la désorientation politique » actuelle traite partiellement et cursivement de certains processus étudiés dans La grande confusion. Le trait pamphlétaire plus qu’analytique et documenté arrive toutefois à saisir quelques travers, comme les agitations de la gauche radicale intellectuelle par rapport au mouvement antipass-antivax ou les réels risques fascisants portés par Zemmour. Malheureusement, ces éclairs de lucidité se font au nom d’une « vérité politique à valeur universelle » (p. 17), dont il serait un des rares détenteurs, et dans la nostalgie de la terreur meurtrière générée par la Révolution culturelle initiée en Chine par Mao (p. 14)[3].

Le plus nouveau chez Badiou n’est cependant pas là, mais son traitement du « féminisme contemporain » comme « désorientation » (pp. 28-34). Car le féminisme contemporain serait « une machine à désorienter »… « l’amour », en ramenant « le rapport homme/femme à une suspicion permanente, à des chicanes identitaires et à l’arbitrage final d’une opinion émoustillée et d’un tribunal incompétent ». Or, « l’amour » serait, en partant de « la différence sexuelle entre homme et femme » et contre « une théorie générale des genres », « le communisme minimal ». Badiou se rapproche de La Manif pour tous… et la nostalgie du maoïsme s’apparie à celle du patriarcat.

Des contre-tendances

Les jeux de l’extrême droitisation et du confusionnisme ont donc pu s’accélérer à certains moments en 2021-2022, mais aussi rencontrer des obstacles dans d’autres occasions. Suivons ici la prudence méthodologique de Karl Marx dans Le Capital : ne pas analyser des tendances sans prendre en compte des contre-tendances dans une lecture contrastée du réel.

Un même locuteur peut participer dans certaines situations à la formation discursive confusionniste et dans d’autres situations à la formation discursive de l’émancipation. C’est le cas de Jean-Luc Mélenchon qui a enrichi à partir de septembre 2020 les discours publics sur l’émancipation d’une notion tirée de l’œuvre de l’écrivain antillais Edouard Glissant : « la créolisation ». Cela a constitué un thème important de sa campagne présidentielle en 2021-2022.

Des résistances se sont également manifestées à gauche face à certains glissements rhétoriques. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a ainsi taclé « Roussel, Mélenchon, des socialistes » quant à leurs ambiguïtés sur « la sécurité » ou sur « le droit d’asile » dans un entretien donné à Francis Brochet pour le groupe de presse régionale EBRA et publié le 22 juin 2021.

Le RAAR (Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes), auquel je participe, a émergé en février 2020 afin de combattre l’antisémitisme dans ses spécificités historiques et actuelles, d’agir face à la minoration de l’antisémitisme dans des secteurs de la gauche et de travailler à des convergences avec les autres luttes antiracistes (contre l’islamophobie, la négrophobie, etc.). Il a surtout visibilisé son action en 2021-2022, à travers des initiatives publiques, du rassemblement à la mémoire d’Ilan Halimi le 15 février 2021 à la marche du 13 mars 2022 pour honorer les victimes de Mohammed Merah.

Cependant, un événement a eu davantage d’effets, bien que de manière partielle et éphémère, sur l’extrême droitisation. Il n’est pas venu d’actions volontaires pour la contrecarrer, mais d’un surgissement contingent : l’invasion de l’Ukraine. Ce qui nous incite aussi à revenir sur le confusionnisme avant et après Poutine.

L’Ukraine, le confusionnisme géopolitique et la présidentielle

Avant l’invasion russe, se stabilisent des espaces partiellement communs entre deux candidats d’extrême droite à l’élection présidentielle (Le Pen et Zemmour) et deux candidats de gauche (Roussel et Mélenchon) à travers des modalités diversifiées de complaisance à l’égard de la politique de Vladimir Poutine. Pauline Graulle a bien documenté dans Mediapart les positionnements de Mélenchon sur ce plan, tant sur l’Ukraine proprement dite qu’antérieurement sur la guerre en Syrie.

Du côté gauche, cela participe d’une branche du confusionnisme que l’on peut appeler confusionnisme géopolitique. Ce confusionnisme géopolitique puise dans quelque chose de plus ancien qu’on a nommé « le campisme », qui tend à importer dans le monde actuel les schémas propres à l’opposition d’hier entre URSS et USA, avec une préférence soviétique. Cela a été également actif au cours du conflit syrien. L’activiste anglo-syrienne de gauche anti-autoritaire, Leila al-Shami, l’a appelé « l’anti-impérialisme des imbéciles ».

Si les quatre candidats ont condamné fermement l’invasion russe de l’Ukraine, cela n’a pas effacé, par exemple, le confusionnisme géopolitique chez Mélenchon. Comme a commencé à le montrer le théoricien politique Jean-Yves Pranchère, sa position dite de « paix » et de « non-alignement », refusant, par exemple, l’aide européenne à l’armement des Ukrainiens, maintient une certaine tentation de symétrisation entre deux parties, l’agresseur et l’OTAN, qui n’est pourtant pas intervenu militairement sur le territoire ukrainien. À l’opposé, un Edwy Plenel a explicitement mis en garde dans Mediapart contre toute tentation « campiste » à gauche, en appelant opportunément à « un sursaut internationaliste » face à « l’impérialisme russe ».

Mais pourquoi parler de « confusionnisme » à propos de cette modalité du « campisme » ? Pour trois raisons principales :

1. Parce qu’elle a installé un territoire rhétorique commun avec l’extrême droite.

2. Parce qu’elle brouille les frontières symboliques entre un régime structurellement autoritaire, le poutinisme, et les tendances autoritaires des États de droit européens.

3. Ce deuxième trait est renforcé dans le contexte français, où à l’extrême droite, à droite et dans la gauche radicale, on a entendu des discours relativistes, de répression violente des « gilets jaunes » en mouvement antipass-antivax, qualifiant de « régime autoritaire », de « dictature » ou de « totalitarisme » le pouvoir politique incarné par Macron.

Un autre aspect des effets de la tragédie ukrainienne sur la France nous amène à réfléchir sur l’histoire. Car la dynamique d’extrême droitisation idéologique dans les espaces publics, qui s’est consolidée avec la « zemmourisation », a été partiellement et temporairement freinée à partir de l’invasion russe. Le drame en Ukraine a ainsi rouvert un tout petit peu le jeu idéologique en France sur trois plans, l’évolution du troisième plan conduisant finalement à une refermeture du jeu idéologique.

D’abord, le mot « migrants », qui avait surtout pris des connotations négatives dans les débats publics, a connu une renaissance de connotations positives, même s’il a pu être affecté par un traitement racialisant des catégories de migrants.

Deuxièmement, le référent « européen », souvent dénigré publiquement en France au profit de discours nationalistes, a retrouvé des couleurs.

Enfin, le troisième plan directement politique a connu des effets moins marqués, plus contrastés et plus évolutifs en fonction des moments. La menace d’extrême droite sur l’élection présidentielle a, dans un premier temps, reculé de manière limitée jusqu’à un peu avant le premier tour. Cela a surtout contribué à affecter la candidature de Zemmour, mais peu celle de Le Pen. Cette dernière a su incarner une alternative sociale à un « macronisme » aveuglé sur ce terrain en tentant de séduire avant tout un électorat de droite pro-business dans la mise en avant de son projet de réforme régressive des retraites.

Avec l’allongement de l’agression russe du fait de la résistance ukrainienne, la question de la guerre est devenue moins centrale dans la campagne présidentielle au cours des deux dernières semaines menant au premier tour. La candidature Le Pen est alors apparue encore plus menaçante en fin de campagne de ce premier tour. La présence de Zemmour, qui a d’abord gêné Le Pen, a participé, par comparaison avec l’agressivité zemmourienne sur le terrain de l’immigration et de l’islam, à donner une image plus modérée de la dirigeante du RN en la banalisant un peu plus dans la perspective du second tour.

Le danger Le Pen a par ailleurs été renforcé par le maintien d’ambiguïtés dans le positionnement du candidat vainqueur à gauche, Mélenchon, et des principales figures de son Union populaire dans l’après-premier tour : un appel à ne pas voter pour l’extrême droite mais pas un clair appel à voter contre l’extrême droite en mettant un bulletin Macron dans l’urne. Ce qui a pu constituer une légitimation de l’abstention comme une possibilité.

Ni Mélenchon, ni Ruffin, ni Manuel Bompard, ni Alexis Corbière, ni Adrien Quatennens, ni Éric Coquerel, ni, non plus, Danièle Obono, Clémentine Autain ou Aurélie Trouvé, n’ont même indiqué publiquement qu’elles/ils voteraient personnellement contre Le Pen en utilisant le seul bulletin disponible pour le faire. Mélenchon lui-même dérape dans un moment périlleux, peu avant le second tour, le 19 avril sur BFM TV, en se portant candidat au poste de Premier ministre pour les législatives de juin 2022. Il banalise Le Pen avec un type de formule non contrôlée dont il a l’habitude, en considérant que « c’est assez secondaire » qu’il dirige le gouvernement sous la présidence de Macron ou de Le Pen.

Comme souvent chez les professionnels de la politique, le coup tactique (tenter de se remettre au centre du jeu politicien à la veille du débat télévisé Le Pen/Macron) le mène dangereusement au-delà de ses intentions. Par ailleurs, la place du slogan « Ni Macron ni Le Pen » lors de mobilisations étudiantes au cours du second tour a marqué l’écho d’un relativisme confusionniste au sein de secteurs critiques politisés à gauche de la jeunesse scolarisée.

Ces trois effets collatéraux différenciés de la guerre en Ukraine, y compris le troisième dans son caractère ambivalent et mouvant, viennent appuyer l’hypothèse dessinée par un des pionniers de la sociologie, Gabriel Tarde, dans son ouvrage L’Opinion et la foule en 1901, quant au caractère mobile de « l’opinion ». Et si on leur ajoute les transferts circonstanciels de légitimité de la « zemmourisation » vers la « lepenisation » à la fin du premier tour et au cours du second tour, ainsi que les accrochages rhétoriques avec des composantes du « mélenchonisme » au deuxième tour, cela remet au cœur de la réflexion politique la contingence historique.

Au niveau de la philosophie de l’histoire, on a donc affaire à un type de paradoxes que Hegel nommait au XIXe siècle « les ruses de la raison »[4]. Cependant sans qu’il n’y ait ici de « raison » implicitement à l’œuvre et sans que les désordres du monde, engendrant dans le même temps des crimes de guerre à un endroit et un recul relatif et bref de l’extrême droitisation idéologique à un autre, ou que les retournements de dernière minute favorables à la candidature de Le Pen ne puissent être mis au service d’une téléologie historique comme chez Hegel.

On est confronté plus radicalement aux effets de la contingence historique, thématisés depuis les caprices de la fortuna chez Nicolas Machiavel dans Le Prince au XVIe siècle jusqu’à la philosophie politique d’une histoire toujours ouverte à travers des incertitudes et des ambiguïtés chez Maurice Merleau-Ponty au XXe siècle. L’émergence d’un évènement inédit a ainsi affecté des dynamiques idéologiques consolidées qui pesaient sur les espaces publics auparavant en desserrant un peu, inégalement et très provisoirement, les contraintes ; d’autres agencements aléatoires resserrant ensuite ces mêmes contraintes.

L’événement imprévu ne les a pas ainsi effacées. D’autant plus que le recul de l’impact médiatique du conflit ukrainien a permis de redonner de la dynamique à l’extrême droitisation de la campagne présidentielle. Cela a pu être renforcé par les effets des discours confusionnistes à gauche à quatre niveaux :

1. l’effacement de la frontière symbolique avec l’extrême droite pour des secteurs de l’électorat de Mélenchon, via l’augmentation de l’abstention ;

2. l’affaiblissement de la critique sociale structurelle au profit d’une personnalisation de la critique, en particulier à travers la diabolisation du titulaire de la fonction présidentielle, favorisant un vote « anti-Macron » :

3. la transformation de la notion de « néolibéralisme » (davantage dans la gauche radicale)-« ultralibéralisme » (davantage à l’extrême droite), associée à Macron, en incarnation du Mal, plutôt que renvoyant à des orientations de politique économique et sociale liées au moment post-fordiste du capitalisme et générant une partie seulement des maux qui nous affectent ; ce qui est paradoxal car la pandémie a conduit à déplacer les orientations macroniennes dans le sens d’une plus grande intervention publique, faisant de sa politique une des moins néolibérales, au sens strict, depuis 1983 ;

4. les affinités rhétoriques entre le registre de l’opposition « peuple/oligarchie » utilisé par Le Pen, tout particulièrement au second tour, et les schémas d’un « populisme de gauche » théorisés par Chantal Mouffe et activés à certains moments dans les discours de Mélenchon.

Avec le second quinquennat macronien, l’avenir apparaît partiellement incertain quant aux effets de l’extrême droitisation sur la politique présidentielle. Le pôle Jean-Michel Blanquer-Frédérique Vidal-Marlène Schiappa-Gérald Darmanin, quel que soit l’avenir politique de ces personnalités elles-mêmes, pourra constituer un appui à de nouvelles aimantations soft par des thèmes d’extrême droite. Le ralliement à Macron, dès le premier tour, du groupuscule politico-intellectuel de la gauche islamophobe, Le Printemps républicain, est venu appuyer cette possibilité. Et le bon score obtenu par la candidate d’extrême droite est susceptible, dans des moments difficiles pour le pouvoir comme cela a été le cas auparavant avec la crise des « gilets jaunes », de stimuler l’opportunisme macronien dans cette direction. Par-delà le « macronisme », le politiste Gaël Brustier a lucidement suggéré, dès décembre 2021, combien la place occupée par la candidature de Zemmour au cours de la campagne présidentielle portait des suites dérégleuses pour le champ politique bien après l’élection.

La France n’en a pas fini avec l’extrême droitisation (Le Pen est passée de 10 638 475 voix et 33,90 % des suffrages exprimés en 2017 à 13 297 760 voix et 41,46 % des suffrages exprimés en 2022), le confusionnisme et la crise de la gauche. Et cela d’autant plus que deux des locuteurs politiciens les plus confusionnistes au cours des cinq dernières années, Macron (pour qui j’ai voté au second tour contre Le Pen) et Mélenchon (pour qui j’ai voté au premier tour afin de tenter d’éviter la présence de Le Pen au second tour), sortent de la présidentielle en position de force.

Plus, largement en-dehors d’eux, significatives et diversifiées sont les personnalités qui, dans la droite classique, dans le « macronisme », dans la gauche dite « républicaine », dans la gauche radicale et ailleurs, nous ont poussé un peu plus vers le précipice politique, dans l’inconscience de la portée de leurs discours et de leurs actes, pris dans des jeux tactiques à court terme et/ou dans la bonne conscience de polarisations manichéennes en voie de consolidation.

Les journalistes qui ont surfé sur les évidences propres aux miroitements de l’immédiateté ont ajouté leur contribution non intentionnelle, masquée à leurs propres yeux par la croyance dans leur « objectivité », pourtant trop aveugle aux effets non contrôlés du contexte idéologique.

N’y voyons pas une extrême droitisation généralisée de la société française, plus composite et mouvante, mais une dynamique de dérèglements idéologiques ayant principalement affecté les espaces publics, en particulier politiciens et médiatiques. Le politiste Vincent Tiberj suggère même, de manière heuristique, « un désalignement des citoyens d’avec l’offre politique »[5], tempérant notre pessimisme.

Cependant, les espaces militants d’une possible recomposition de la gauche sur des bases émancipatrices, à l’écart de la tutelle d’un leader unique, risquent d’être atrophiés sous le poids d’une double logique médiatique, faisant primer l’immédiat, et politicienne, polarisée sur la prochaine échéance électorale (déjà les législatives et après, et encore après…).


[1] Le profil des électeurs et les clefs du second tour de l’élection présidentielle. 7 mai 2017, sondage réalisé le 7 mai 2017 par l’IFOP, avec la collaboration de Fiducial, pour CNews, Paris Match et Sud Radio, sur un échantillon de 2 470 personnes, site de l’IFOP, 10 mai 2017.

[2] Présidentielle 2022 – Sondage jour du vote : Profil des électeurs et clés du scrutin (2nd tour), sondage réalisé le 24 avril 2022 par l’IFOP, avec la collaboration de Fiducial, pour TF1, LCI, Paris Match et Sud Radio, sur un échantillon de 4 827 personnes, site de l’IFOP, 25 avril 2022.

[3] Sur les meurtres de masse au cours de la Révolution culturelle chinoise, voir Roderick Macfarquhar et Michael Schoenhals, La dernière révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976, Paris, Gallimard, 2009.

[4] Voir Georg Wilhelm Friedrich Hegel, La Raison dans l’Histoire [cours de 1822, 1828 et 1830], 10-18, 1965.

[5] Vincent Tiberj, « À force d’y croire : la France s’est-elle droitisée ? », Esprit, n° 481-482, janvier-février 2022, pp. 155-166.

Philippe Corcuff

Politiste, maître de conférences de science politique à l'Institut d'Etudes Politiques de Lyon, membre du laboratoire de sociologie CERLIS

Notes

[1] Le profil des électeurs et les clefs du second tour de l’élection présidentielle. 7 mai 2017, sondage réalisé le 7 mai 2017 par l’IFOP, avec la collaboration de Fiducial, pour CNews, Paris Match et Sud Radio, sur un échantillon de 2 470 personnes, site de l’IFOP, 10 mai 2017.

[2] Présidentielle 2022 – Sondage jour du vote : Profil des électeurs et clés du scrutin (2nd tour), sondage réalisé le 24 avril 2022 par l’IFOP, avec la collaboration de Fiducial, pour TF1, LCI, Paris Match et Sud Radio, sur un échantillon de 4 827 personnes, site de l’IFOP, 25 avril 2022.

[3] Sur les meurtres de masse au cours de la Révolution culturelle chinoise, voir Roderick Macfarquhar et Michael Schoenhals, La dernière révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976, Paris, Gallimard, 2009.

[4] Voir Georg Wilhelm Friedrich Hegel, La Raison dans l’Histoire [cours de 1822, 1828 et 1830], 10-18, 1965.

[5] Vincent Tiberj, « À force d’y croire : la France s’est-elle droitisée ? », Esprit, n° 481-482, janvier-février 2022, pp. 155-166.