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Littérature

Finkielkraut, l’idée plus que l’idéologie

Critique littéraire

Alain Finkielkraut n’est pas forcément là où on voudrait le bloquer, l’enfermer, là où on lui cherche constamment querelle. Mais pour comprendre cela, il faut l’entendre, l’écouter, loin des polémiques où il est embarqué, où, reconnaissons-le, il s’embarque souvent lui-même. Et il faut surtout le lire, puisque c’est d’abord un homme de l’écrit, et qu’il publie en cette rentrée A la première personne.

Rêvons un peu. Comme par enchantement, la notion de personnalité clivante se dissout, privée de sens et de toute pertinence. Bien sûr, il faut d’emblée affronter les protestations outrées des bien-pensants ridicules qui n’ont pas l’intention de renoncer à une expression aussi commode. Mais le rêve n’en continue pas moins, dont je vais tenter de me faire l’interprète dans un cas bien précis, celui d’Alain Finkielkraut.

Non, trois fois non, il n’est pas la personne que l’on caricature sous ce vocable. Certes, il répond un peu trop aux sollicitations et invitations qu’on lui lance depuis les plateaux de TV et de radio ; il résiste mal à la séduction des micros qu’on lui tend ; il brûle de s’exprimer, de faire entendre la voix de ses convictions, parfois aussi celle de ses humeurs. Il n’empêche. C’est d’abord un homme, un intellectuel – et, depuis 2014, un académicien français – qui réfléchit avant de parler, d’écrire : que ses ennemis lui accordent au moins ce crédit.

Si, selon la loi des contraires (des clivages sommaires), une idéologie cherche à l’enfermer dans l’idéologie adverse, pourquoi devrait-il accepter de se reconnaître en celle-ci ? Toute assignation est une viole...

Patrick Kéchichian

Critique littéraire, Écrivain