Cinéma

Péguy d’après Dumont — à propos de Jeanne de Bruno Dumont

Critique

Avec Jeanne, Bruno Dumont achève son hommage à la Jeanne d’Arc de Charles Péguy. Tout en demeurant fidèle au texte théâtral d’origine, le réalisateur vient l’enrichir en tirant profit des potentialités qu’offre le cinéma, pour finalement livrer une comédie politique à la fois incarnée et délicate, épurée mais toujours haletante. Retour critique à l’occasion de sa sortie en DVD.

En suite de Jeannette : l’enfance de Jeanne d’arc, Bruno Dumont a livré à l’automne le second volet de la vie de Jeanne, qu’incarne à nouveau la jeune comédienne Lise Leplat Prudhomme. S’il s’agit bien du film de guerre promis par la lourde armure de Jeanne, la guerre annoncée et menée par celle qui pourtant n’est encore « qu’une enfant » se trame ailleurs que sur le seul champ de bataille. Du combat à la défaite, et tout au long du procès qui mènera Jeanne au bûcher, la bataille est essentiellement un fait de parole, depuis la page du livre jusqu’à l’écran du cinéma.

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La Jeanne de Bruno Dumont reprend tout d’abord mot pour mot la Jeanne d’Arc de Charles Péguy. Cette courte pièce de théâtre qui relate la vie de la jeune fille depuis ses batailles jusqu’à sa mort sur le bûcher, laisse une large place aux séances de son procès. Le film donne ainsi l’occasion de redécouvrir un texte qui jouissait en son temps d’une belle renommée, pour montrer que son auteur n’a comme Jeanne d’Arc jamais cessé d’inspirer les écrivains et les créateurs jusqu’à nos jours.

Dumont exploite de fait la veine théâtrale de cette œuvre en mettant les moyens du cinéma au service des faits de parole : en fin de compte et pour sa plus grande jouissance, le spectateur assiste à un ballet aux registres variés et aux procédés multiples. Le tour de force de Bruno Dumont est de livrer, dans l’assise d’une esthétique calme, mesurée et épurée, une comédie politique pourtant prenante, au rythme féroce, fait de suspens, de halètements et de précipités ; mêlant avec subtilité la pesanteur de la tragédie et la farce la plus familière pour révéler toute la complexité du texte de Péguy.

Depuis la scène d’exposition où nous découvrons Jeanne en train de prier, jusqu’à la sentence qui la mènera au bûcher, nous explorons avec Péguy la hiérarchie complexe des locuteurs et des faits de parole. Tout l’objet de la pièce réside de fait dans le déséquilibre qu’incarne Jeanne au sein de cet espace hautement po


Rose Vidal

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