C Critique

Musique

Et idola penitus conterentur – à propos des deux nouveaux albums de Kanye West

écrivain

C’est la première fois que j’écoute la musique de West sans raison, comme ça, sans doute parce qu’il le faut et plus probablement par hasard. Ce que j’entends à cet instant précis m’intrigue assez pour répandre autour de moi la fascination que m’inspire cette œuvre. La chose sera faite dans les jours suivants, Jesus Is King faisant une entrée tonitruante au classement de mes sujets de conversation favoris, quitte à fatiguer ceux qui se voient infliger des écoutes répétées d’un même morceau ou se mettent à moquer ma lubie passagère.

Dans son cercueil, Sarah Bernhardt semble être en pleine forme. La tête relevée par un petit coussin, le cadavre est placé dans la diagonale de la chambre mortuaire et traverse en oblique le portrait de la défunte. Son teint est étonnamment vif, l’attitude d’une sérénité désarmante. L’exposition de l’image détache cette silhouette radieuse de l’espace dans lequel elle repose.

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Les statuettes marbrées et le bougeoir qui se dressent à proximité du coffin ne sautent pas aux yeux tant l’attention est saisie par cette plaie centrale, une incise si purement blanche que l’on peine d’abord à discerner les bras croisés de l’actrice dans les plissures de l’étroit linceul qui la protège et que recouvrent quelques couronnes fleuries. N’en réchappe que ce visage apaisé et gracieux, délicatement coiffé, d’une jeunesse visiblement éternelle. Pourtant, à bien y regarder, la date inscrite en marge du cliché laisse planer un do...

Théo Casciani

écrivain, plasticien