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Cinéma

Eaux profondes – sur Dark Waters de Todd Haynes

Journaliste

Avec Dark waters, Todd Haynes offre un récit inspiré de faits réels, celui de la mobilisation de citoyens contre DuPont, géant américain de l’industrie chimique accusé de polluer les eaux. Par son propos politique beaucoup plus marqué que dans ses précédentes œuvres, Dark waters constitue une véritable novation dans la carrière du cinéaste, sans renoncer à l’esthétique ciselée par laquelle il se distingue, qui vient, ici encore, souligner la finesse de son regard sur la complexité de nos sociétés.

Un parking souterrain désert, néons blafards, pas qui résonnent, caméra posée comme en positon de guet, ou de surveillance… L’avocat Robert Bilott (Mark Ruffalo) entre dans sa voiture, met la clé de contact, hésite à la tourner. Le véhicule risque-t-il d’exploser ? Cut.

Cette scène qui intervient aux deux-tiers de Dark waters, on l’a vue mille fois dans des polars, films noirs, films-dossiers, films-enquêtes, films-mafia. C’est une figure iconique du cinéma américain de la paranoïa des années 70 et on est légèrement surpris de la retrouver chez Todd Haynes. Mais à vrai dire, c’est tout le film qui marque, non pas un virage radical, mais une novation, un décalage, un nouvel équilibre entre esthétisme et propos politique dans la filmographie de l’auteur de Loin du paradis ou Carol.

Jusqu’à présent, T...

Serge Kaganski

Journaliste, Critique de cinéma