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Economie

L’économie sociale et solidaire n’est pas soluble dans le capitalisme

Historien

Alors que vient de s’achever le mois de l’ESS, l’économie sociale et solidaire s’interroge sur un héritage à la fois concurrencé et banalisé. Partagée entre l’héritage associatif et le risque d’une récupération néolibérale, l’ESS se trouve à un tournant : pour ne pas en rester aux réactions défensives visant à préserver ses spécificités, elle esquisse un discours politique qui l’inscrit dans les «utopies réelles», des expérimentations sociales dont le but est de provoquer un changement institutionnel.

La loi Pacte du 23 mai 2019 a créé la qualité de « Société à mission » à destination des entreprises, d’abord des sociétés commerciales mais aussi des mutuelles ou des coopératives. Pour cela, l’entreprise doit préciser sa raison d’être, fixer ses objectifs sociaux et environnementaux, créer un comité chargé de leur suivi et procéder à une vérification de leur exécution par un organisme tiers.

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Cette démarche, inspirée de la certification « B Corp » américaine, s’inscrit dans le long mouvement de réforme de l’entreprise. Elle percute les organisations de l’économie sociale et solidaire, qui ont traditionnellement le monopole de l’utilité sociale. Concurrencée sur son terrain par les sociétés commerciales d’un côté et toujours menacée de banalisation de l’autre, l’ESS risque la dilution.

La source associationniste

C’est pourquoi il est nécessaire de réaffirmer son projet. À la différence de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE), l’ESS est d’abord à comprendre comme une action collective, qui participe de la construction d’un espace public abol...

Timothée Duverger

Historien, Maitre de conférences associé à Sciences Po Bordeaux