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Politique culturelle

Le Festival de Cannes n’aura pas lieu en ligne, et c’est dommage

Sociologue et Politiste

La semaine prochaine aurait dû s’ouvrir le 73e Festival de Cannes. Son annulation pure et simple offre l’occasion de s’interroger sur le modèle de diffusion des films. Car ce qu’il convient d’opposer ce n’est pas la plateforme et la salle, mais l’algorithme (pour les programmes mainstream) et la sélection (pour les contenus à forte valeur symbolique, les films dits de festival). Cannes a cette année perdu une bonne occasion d’adapter au numérique sa précieuse logique de choix.

Comme tous les ans depuis 80 ans, le Festival de Cannes devait se tenir mi-mai. Et comme tous les évènements internationaux qui devaient se dérouler ces prochains mois, il a été reporté et sera sans doute annulé. Très rapidement, les organisateurs du festival ont rejeté l’idée d’organiser le festival en ligne.

D’une certaine manière, ils ont eu raison car la valeur des films que l’on découvre à Cannes repose sur plusieurs dispositifs qui ne peuvent pas être numérisés : l’accueil en salle par un public de professionnels et de journalistes spécialisés (leurs ovations, les fauteuils qui claquent), la médiatisation liée à la montée des marches par l’équipe du film (les stars), la conférence de presse du réalisateur et de ses acteurs·rices, le « buzz » parmi les acheteurs internationaux sur le marché du film articulé au festival. Thierry Frémeaux, le délégué général du fest...

Romain Lecler

Sociologue et Politiste, Professeur de science politique à l'Université du Québec à Montréal