écologie

Safari climatique

Artiste et chercheuse

Il y a quelques années, les chasses à l’éléphant de l’ex-roi espagnol Juan Carlos avaient fait scandale ; aujourd’hui, plus de risque : chasser les espèces en voie de disparition est devenu du dernier ringard. Le nouveau safari est climatique. Le riche occidental ne vient plus décimer la faune d’une charmante région tropicale, mais sauver la biodiversité. Peut-être s’amuse-t-il moins, mais il se donne bonne conscience. Parmi cette élite au grand cœur, un certain B, à la tête d’un mastodonte de la vente en ligne, est un adepte particulièrement fervent. Toute ressemblance…

Planète B tente d’appréhender un monstre en plein expansion : une société du numérique, appelée « ∀ » dirigée par l’entrepreneur « B », en passe d’acquérir le monopole de la vente à l’échelle mondiale. Cette entreprise aux tentacules planétaires se nourrit de la basse résolution et de la vitesse de propagation de l’information appliquées à toute chose, transformant la Terre en un hypermarché-monde. Pourtant, son succès repose sur la production d’une quantité astronomique de produits jetables et bien souvent inutiles.

Obsession du confort

Au XIXe siècle, le chiffonnier parisien était le héros nettoyeur de la ville, dépeint et encensé par les peintres, les poètes et les écrivains de l’époque. Il sombre dans l’oubli lorsque se met en place un système de machines faisant du nettoyage des rebuts de la ville une industrie à part.

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Les cycles de dégradation par putréfaction et de recyclage sans ajouts de chimie, autrefois orchestrés par les réseaux des chiffonniers, vont être remplacés par l’industrialisation du recyclage et le traitement des matériaux pétrochimiques. Pour le dire simplement, à ce moment-là naît la jetabilité des choses – une jetabilité qui n’existait pas auparavant – et émerge la terminologie même du « recyclage » et de ses détournements sémantiques.

Dans son livre Homo confort[1], l’anthropologue Stefano Boni pose la question des dommages collatéraux de l’idéal du confort. Le confort a été et reste sans doute toujours, en Occident, le programme politique par excellence, toujours en contrepoint des projets affichés. Or cet idéal de confort génère une production de choses qui, avec le temps, s’avèrent plus toxiques qu’elles n’y paraissent, mentionnées en petit sur les étiquettes, jamais lues, oubliées ou refoulées. Le confort prime sur la toxicité des milieux de production comme de consommation.

Ce fut comme une boucle rétroactive : la valorisation de cet idéal par les médias a amplifié le besoin de confort et de bien-être en occultant leurs effets néfastes que personne ne voulait reconnaître. Nous nous sommes livrés à une chasse à l’inconfort, à la vieillerie, à tout ce qui peut paraître usé, usagé, abîmé, filé, effiloché, troué, altéré par le temps. Dans cette quête du confort, la maison est reine. C’est dans la maison qu’on peut s’assujettir à une vie confortable.

Comme l’écrit Pierre Cassou-Noguès dans La Bienveillance des machines, « Des boucles se forment dans le cerveau de nos machines, et un signal y circule pour revenir à un même point, une même configuration, une même idée en quelque sorte dont la machine ne peut pas se libérer. […] Mais on ne peut pas non plus éteindre le réseau, la méga-machine qui se constitue dans la connexion de nos ordinateurs et de nos téléphones. On ne peut pas même le mettre en sommeil. C’est pourquoi les obsessions du réseau semblent incurables[2]. »

Le confort a joué comme ce cliché, cette obsession qui tourne en boucle dans le réseau que forment nos machines et nos cerveaux. Le confort a comme allié redoutable, le ludique. Le « conte de fée » de la vie facile renforce la disneyfication de nos existences, l’ambiguïté d’une nature domestiquée, des meubles et objets dernier cri, faisant de nous des princesses douillettes dans leurs sofas. C’est le règne du lisse : épilation des corps et lissage des pixels sur Photoshop ou en visioconférence grâce des filtres qui s’appliquent aux corps virtuels comme aux maisons des annonces immobilières.

Stefano Boni compare les corps épilés à la surface tactile des appareils. Le lisse est le confort de la vue. Pour l’oreille, les formats de compressions comme le MP3 filtrent les fréquences trop aiguës ou trop graves et normalisent l’écoute sans dissonances ni parasites. La nature aussi est normalisée. Les fruits et les légumes sont calibrés, les jardins rangés, les haies taillées, des tondeuses automatisées circulent sur les pelouses. Des lumières s’allument et s’éteignent toutes seules sous le porche. On rêve d’un climat homogène, d’une vie facilitée par les choses. Sauf que justement, le climat se rebelle.

Top 40 de l’inutile

Dans Planète B, on ne parle pas d’Amazon ni de Jeff Bezos. Il s’agit d’une enquête spéculative sur une plateforme d’e-commerce nommée ∀, dirigée par B, détenant le monopole de la vente d’objets bon marché et de l’addiction qu’ils suscitent. Car la plateforme propose majoritairement des marchandises dont on pourrait se passer et qui n’ont nul besoin de livraison ultra-rapide. Une grande partie des objets achetés sur ∀ est rapidement obsolète car leur fabrication précipitée, mal faite et peu robuste, entraîne leur dévalorisation et implique de les jeter rapidement, d’autant plus que ∀ incite à acheter des objets inutiles, des gadgets au sens littéral du terme. Des trucs ou des machins que l’on acquiert pour embellir son chez-soi, son gazon, son véhicule, sa piscine chauffée, ses animaux domestiques, ses vêtements, ses cosmétiques, ses loisirs ou assurer sa sécurité. Ces objets semblent d’ailleurs occuper 80 % de la plateforme, une proportion tellement importante que l’on pourrait dire que le chiffre d’affaires de la société est proportionnel à l’inutilité, à la pollution et au gaspillage des ressources qu’elle génère.

Avec l’essor de ∀, de multiples pans de l’activité humaine prennent une tournure absurde : acheter des objets lointains en un clic, remplir son intérieur de choses superflues, accumuler des gadgets puis les jeter à cause de leur détérioration rapide, de leur obsolescence et de leur inutilité chronique. Ce cycle acheter / jeter / acheter s’accélère encore davantage avec la livraison rapide.

Parmi plus de 300 millions d’articles référencés[3], le Top 40 des produits les plus vendus sur ∀ est le suivant : mascara Voluminous Bold Original, poudre de blanchiment des dents, palette fard à paupière maquillage yeux, crème pour les pieds O’Keeffe, sérum à la vitamine C pour le visage, kit vernis semi-permanent pack complet, Echo Dot 4e génération, Fire TV Stick avec télécommande ∀voix, lecteur multimédia en streaming, La magie du rangement qui change la vie de Marie Kondo, Lil’ Gleemerz, jouet interactif en fourrure avec lumières et sons, Stealth 600, casque de jeu sans fil pour Playstation 4 et Xbox One, Ultimate Walking Buzz Lightyear, Simba, LOL Surprise !, jouet durable pour chien, KONG Wild Knots Bears, tapis de dressage pour animaux, ciseaux de cuisine à 5 lames, moules à cupcakes en silicone, couvercle de bol en silicone, vaporisateur 2 en 1 (200 ml), spray d’huile fine sans danger, couvertures lestées par gravité, lingettes de nettoyage de surface Dettol, tapis en peau de mouton synthétique, filtre à eau personnel LifeStraw, montre Casio G-Shock GBA800 avec suivi de la forme, aspirateur robot autonome iRobot de Roomba, casque Stormtrooper Star Wars de Lego, jeu de construction Hedwige Harry Potter de Lego, etc.

La majorité des quarante produits est composée de matériaux non recyclables et de métaux rares dont l’extraction détruit les écosystèmes. Ces objets sont fabriqués dans des usines polluantes en Chine, dans des conditions de travail déplorables. Les produits invendus ne sont pas recyclés. Ils sont incinérés dans des décharges à ciel ouvert. Ils pollueront le sol pendant des millénaires, se décomposeront en matière toxique rendant l’environnement infertile. Leur nocivité est d’autant plus forte qu’aucun de ces produits ne répond à des besoins vitaux.

Dans son immense place de vente en extension permanente, ∀ brade les prix et rend la réparation trop coûteuse.

L’Atlas du nuage[4], un projet artistique co-réalisé avec Stéphane Degoutin, dresse un panorama visuel du système d’accessibilité instantanée dans lequel nous vivons aujourd’hui en mettant en scène une collection d’images sur les infrastructures de la chaîne logistique des plateformes de e-commerce. Ce « nuage », loin d’être immatériel, repose sur une infrastructure d’une ampleur sans précédent et au coût écologique faramineux. Il s’appuie en grande partie sur la mise à distance de la production industrielle dans des usines automatisées, de l’élevage et de l’agriculture dans d’immenses fermes, du stockage des données dans des data centers, etc.

Des objets zombies

La tension extrême, le moment d’euphorie, s’incarne dans l’acte de cliquer sur le bouton « ajouter au panier ». Les objets sélectionnés dans le panier sont en relation avec d’autres objets-amis, suggérés en bas de la page de l’interface par des liens indiquant les articles que d’autres ont achetés. On surfe dans les suggestions, ce qui décuple les fantasmes d’objets : « Tiens, pourquoi pas une fontaine à eau dans mon jardin », « un nouveau transat », « un sac à crottes dernier cri, numéro 1 des ventes », « une nouvelle machine à café avec capsules », « des friandises pour détartrer les dents du chat, avec réduction supplémentaire en vente flash ». L’euphorie, à ce stade, reste mentale. Puis, dans un éclair de lucidité, vient le moment de la déception. « Attention, suis-je vraiment en train de m’enthousiasmer sur des rouleaux de papier toilette aux motifs arc-en-ciel ? », « Comment ai-je sombré aussi bas dans l’échelle des désirs ? » Ce n’est qu’ensuite que surgit cet amer sentiment de culpabilité. Certains l’atténueront en repartant à la chasse aux objets.

Ces objets-en-un-clic, objets-minutes ont un impensé : le temps. Ils circulent dans le super-flux d’internet et se répandent comme l’eau du robinet. Le temps d’attente est raccourci pour être remplacé par la téléportation d’objets issus du système de la supply chain. Le clic de la commande actionne l’ensemble de la logistique d’internet jusqu’à l’envoi de l’objet depuis le gigantesque entrepôt qui gère informatiquement la multiplication des livraisons à travers la planète. Auparavant, l’objet a déjà été fabriqué dans une usine et expédié dans des conteneurs en cargo ou via le fret aérien en pleine expansion[5].

Dans Héritage et fermeture, une écologie du démantèlement[6], le philosophe Alexandre Monnin interroge la viabilité des systèmes techniques voués à disparaître et se réfère aux « technologies zombies » formulées par le physicien José Halloy. Ce dernier écrit à leur sujet : « Considérant les systèmes techniques issus de la révolution industrielle et leurs héritiers successifs, force est de constater que la plupart de ces systèmes ne sont pas durables. En effet, ils consomment d’importantes quantités d’énergie d’origine fossile. Ces énergies sont épuisables de par leur spécificité de stock à l’échelle des millénaires. De plus, leur combustion produit une importante perturbation sur le cycle du carbone qui induit le réchauffement climatique observé. Par ailleurs, l’essentiel des matériaux utilisés pour fabriquer ces systèmes techniques est d’origine minérale. Leur extraction massive, en croissance exponentielle pour nombre de ces ressources, mène inéluctablement à leur épuisement. »

Les produits vendus par ∀ sur la planète reposent pour leur fabrication et leur expédition sur des systèmes techniques zombies, « des technologies mortes à l’aune de la durabilité »[7] mais dont la pollution et les effets néfastes viendront hanter durablement les écosystèmes dévastés.

Le safari climatique

Si on regarde la photographie de B et sa femme, prise lors du gala du Lacma Art + Film, quelques détails sautent aux yeux : la robe pailletée de la compagne de B, son sourire qui met en relief ses lèvres à injection pulpeuse et son brushing digne de la série Dallas, le bras de B qui lui entoure la taille victorieusement et son regard fixant l’objectif.

Tous deux incarnent à merveille le cliché du mode de vie milliardaire des plus clinquants. Sur d’autres photos, on les voit en pleine course de jet ski en mer Méditerranée ou sirotant des cocktails enlacés sur leur yacht, mais depuis quelques mois, nos protagonistes ont troqué le smoking et la robe de gala pour s’afficher dans un nouveau genre. Le genre safari climatique.

Dans la toute dernière communication de sa fondation pour « protéger la Terre »[8], B se présente avec sa compagne auprès du président du Gabon Ali Bongo Ondimba. Il vient de s’engager pour financer la protection de l’environnement du Gabon à hauteur de 23 milliards de francs CFA en échange de la somme équivalente en compensation carbone. Les communiqués de presse se ressemblent. Les journaux gabonais citent les mots du président : « Un grand moment ! Nous avons discuté de la manière la plus efficace de préserver le climat, la forêt et la biodiversité » et félicitent le multimilliardaire pour « son engagement profond et sincère en faveur de la protection de la Nature ».

Ce que les articles omettent de préciser, c’est que cet accord offre à B le droit de polluer à la mesure de son investissement financier, tandis qu’il ne donne aucune garantie aux populations locales que les projets de compensation ne se fassent pas à leur détriment. À noter que nul acteur de la société civile n’est visible lors de la visite de B.

Aux critiques émises concernant les dépenses énergétiques inhérentes au système, ∀ répond aussitôt par une promesse d’investissement pour le climat. Le principe consiste à inverser les valeurs pour manipuler l’opinion et créer la confusion entre le bon et le mauvais, le bien et le mal. ∀ se construit une image vertueuse avec laquelle elle joue pour donner bonne conscience aux consommateurs.

Le sortilège de l’arbre

C’est bien à des safaris climatiques que se livre B : jet privé jusqu’au Gabon ou en Amazonie, pour regarder avec sa compagne les forêts qu’ils n’ont pas encore rasées. La réputation de B et la pollution notable de sa société au fil des ans l’incitent à se verdir par ce qui est certainement symboliquement l’emblème le plus efficace en matière de communication – les arbres –, qu’il s’agisse des arbres des parcs gabonais, de la forêt amazonienne ou de la future Grande muraille verte en Afrique [projet de l’Union africaine visant à lutter contre le réchauffement climatique – ndlr]. L’image de l’arbre, comme un talisman, semble avoir le pouvoir d’annuler toutes les dépenses en énergies fossiles impliquées dans la livraison des colis de ∀, la prolifération de ses objets « zombies », l’exploitation de ses employés et d’accompagner la vertigineuse courbe d’une fortune s’envolant comme par miracle.

Pourtant, on ne trouve pas d’arbres à planter sur la plateforme ∀. On trouve des arbres artificiels ou des produits dérivés comme ce grand choix de rouleaux de papier toilette…

Pour ∀, les arbres ne semblent exister que dans la mesure où leur protection pourrait compenser les dépenses énergétiques de la plateforme. Ils sont évoqués dans des communiqués de presse de manière trompeuse, à des fins d’éco-blanchiment (ou greenwashing en anglais). Ces mécanismes relèvent de ce que je nommerai le « sortilège de l’arbre ». C’est un mot incantatoire dont la fonction est d’annuler toute critique : ∀ plante des arbres, ou les protège, ∀ est verte, et nous pouvons acheter des arbres en plastique fabriqués à l’autre bout de la planète !

Accessoirement, la promesse de protéger les arbres réduit toute action à une empreinte carbone, positive ou négative, et lui enlève son sens propre[9].

Plus arbre que l’arbre

L’hyperbole est une figure de style fréquemment utilisée dans la publicité. Telle lessive se vante de « lave[r] le linge plus blanc que blanc » et, poussant les mots au-delà de leur sens habituel, les vide pour n’en laisser qu’une idée irréfutable parce qu’inconsistante : plus blanc que le blanc.

Les arbres de ∀ sont « plus-verts-que-verts ». Et son intelligence artificielle est « plus-intelligente-qu’intelligente ».

KoBold Metals, compagnie d’extraction de ressources naturelles rares au Groenland se vante de devenir « propre » grâce à l’utilisation de « l’intelligence artificielle »[10]. La pure intelligence rend aux neiges leur blancheur et à ∀ une verdeur plus que verte. C’est un sortilège sémantique.

Les parodies de publicités des émissions des Nuls, dans les années 1990, retournaient le discours publicitaire contre lui-même : « Mentor, la lessive des gros menteurs ». Ici, la publicité perd son effet et ne sert plus qu’à rire ou à se moquer d’elle-même.

Avec les sketchs parodiques des Nuls, comme avec ceux des Inconnus, le contre-pouvoir trouvait son heure de gloire en pompant à vide les ironies et le cynisme des discours publicitaires des industriels lessive comme agro-alimentaire. C’est une forme de justice finalement, car l’arroseur est bel et bien arrosé par le mensonge qui lui est renvoyé à la figure. Ici, le pompage des minerais (pomper plus propre dans les fonds vierges du Groenland) rappelle les créatures des Shadoks[11], ces petits êtres en forme d’oiseaux bêtes et méchants… Ici, il s’agirait de pomper les terres rares dans les sous-sol du Groenland, de pomper toujours pour planter dans le désert, de chercher des minerais sur la Lune en faisant travailler (pomper encore) des travailleurs épuisés de pomper, qui pompent pour que d’autres cliquent, c’est-à-dire pompent avec leur doigts en s’endettant pour des trucs pas toujours très utiles livrés par avion (et nécessitant des quantités de pompage extraordinaire) et ainsi de suite. Ce cycle infernal est infini…

Pourtant, les Shadoks que nous sommes peuvent encore retourner l’effet « waouh », en s’habituant à semer du poil à gratter dans la stratégie de communication de ∀. Il s’agit avant tout de déverrouiller l’imaginaire, d’extirper les cerveaux coincés dans l’interface, de faire shadoker les moteurs de jet ski, les machines à litière intelligentes pour chat et autres ustensiles à poncer les ongles.

Le 13 mars 2018, B poste sur son compte Twitter une image de lui-même, en smoking, croquant un iguane à pleines dents. Le fond est noir. B est penché au-dessus de la bête, verte, et prend de sa main droite un morceau de chair qu’il porte à sa bouche déjà ouverte. On ne voit pas ses dents. Son visage est éclairé de biais, la source de lumière, invisible, se trouve en haut à droite comme dans certains tableaux du Caravage et se reflète sur sa peau. L’iguane, au premier plan, est couché sur un lit de fleurs roses qui font ressortir la couleur du reptile : plus vert que vert !

Cette scène raconte pleinement le double jeu de l’entrepreneur qu’un internaute commente sur son compte : « Une image déterminante de notre époque, un artefact néo-gothique, une vision du baroque au XXIe siècle. Une ambiance totalement horrifiante. »

Car, aucun arbre ne compensera les tonnes de bitumes, de plastique, de terres rares, d’énergies fossiles, de sols artificialisés, de charbon, d’humains détruits par un travail surhumain, d’environnements anéantis, si ce n’est le blanchiment de « ceux qui ont vu dans l’écologie une nouvelle opportunité de se faire (beaucoup) d’argent et, plus machiavélique encore, de se refaire une virginité vis-à-vis d’une communauté internationale de plus en plus verte[12] ».

 

NDLR : Gwenola Wagon vient de publier Planète B, aux éditions 369.


[1] Stefano Boni, Homo confort, Paris, L’Échappée, 2022.

[2] Pierre Cassou-Noguès, La bienveillance des machines. Comment le numérique nous transforme à notre insu, Seuil, 2022.

[3] En 2022, 300 millions d’articles ont été vendus dans le monde pendant deux jours de fête promotionnelle. 100 000 articles sont vendus par minute dont majoritairement des gadgets électroniques. 22 % de « croissance » supplémentaire par rapport à l’année 2021.

[4] L’Atlas du nuage agrège les images des infrastructures d’internet et de ses usages : clics des commandes, usines automatisées, livraisons en flux tendu, hyperconsommation, fluidité des infrastructures, montagnes de déchets, industries extractivistes, promesses d’un monde lisse et sans accrocs où toute chose est atteignable en un clic, où chaque désir promet d’être exaucé et chaque action vouée à être optimisée. De cet immense nuage tombent comme par magie des produits, des plats cuisinés, des chauffeurs, des relations potentielles…

[5] « Le transport aérien américain de produits ∀ a bondi de près de 30 % par rapport à 2018. […] ∀ a été jusqu’à acheter en janvier dernier, pour sa propre compagnie aérienne de fret ∀ Air, 11 gros-porteurs Boeing 767. Au total, avec les avions qu’∀ loue, sa flotte comptabilise actuellement 80 aéronefs. Elle devrait atteindre 200 avions en 2028. » Mickaël Correia, « La politique climatique en carton d’Amazon », Mediapart, 22 décembre 2021.

[6] Emmanuel Bonne, Diego Landivar et Alexandre Monnin, Héritage et fermeture une écologie du démantèlement, Éditions Divergences, 2021.

[7] Alexandre Monnin, Héritage et fermeture une écologie du démantèlement.

[8] Il s’agit de B Earth Fund.

[9] « Il est scientifiquement impossible de compenser les gaz à effet de serre émis lorsque ∀ vous vend et vous livre un colis en plantant un arbre. Pourquoi ? ∀ émet instantanément ce qu’un arbre va mettre une dizaine d’années à absorber. Un arbre met 10 ans à absorber environ 100kg de CO2. Pour absorber les 51,17 millions de tonnes de CO2 qu’∀ considère être ses émissions annuelles, elle devrait planter 510 millions d’arbres, qui n’absorberaient ces émissions… dans 10 ans ! On voit tout de suite le problème d’échelle […]», « B à Glasgow : la COP est pleine », Les Amis de la Terre, 4 novembre 2021

[10] Une coalition de milliardaires est à l’origine de la société d’exploitation minière KoBold Metals qui utilise l’Intelligence Artificielle pour traquer les terres rares en analysant la surface du globe terrestre. La société investit dans des mines au Congo et au Groenland pour exploiter du nickel, du cuivre, du cobalt et du platine. L’un de ses principaux investisseurs est Breakthrough Energy Ventures, le fond climatique et technologique créé par Bill Gates. Il regroupe parmi ses investisseurs : B (∀), Jack Ma (Alibaba), Richard Branson (Virgin Group), Michael Bloomberg (Bloomberg LP), Mukesh Ambani (Reliance Industries Limited) ou encore le Français Xavier Niel (Groupe Iliad).

[11] Les Shadoks est une série d’animation française créée par Jacques Rouxel et Jean-Paul Couturier. La série a été diffusée sur l’ORTF entre 1968 et 1973 (trois premières saisons) et la quatrième saison, produite par AAA, à partir de janvier 2000 sur Canal+.

[12] « Bien entendu, ce greenwashing ne trompera personne. » Voir : Thomas Dietrich, « L’Afrique à l’heure du « greenwashing », Libération, 3 octobre 2018.

Gwenola Wagon

Artiste et chercheuse, Maître de conférences en Arts plastiques à l'Université Paris 8

Notes

[1] Stefano Boni, Homo confort, Paris, L’Échappée, 2022.

[2] Pierre Cassou-Noguès, La bienveillance des machines. Comment le numérique nous transforme à notre insu, Seuil, 2022.

[3] En 2022, 300 millions d’articles ont été vendus dans le monde pendant deux jours de fête promotionnelle. 100 000 articles sont vendus par minute dont majoritairement des gadgets électroniques. 22 % de « croissance » supplémentaire par rapport à l’année 2021.

[4] L’Atlas du nuage agrège les images des infrastructures d’internet et de ses usages : clics des commandes, usines automatisées, livraisons en flux tendu, hyperconsommation, fluidité des infrastructures, montagnes de déchets, industries extractivistes, promesses d’un monde lisse et sans accrocs où toute chose est atteignable en un clic, où chaque désir promet d’être exaucé et chaque action vouée à être optimisée. De cet immense nuage tombent comme par magie des produits, des plats cuisinés, des chauffeurs, des relations potentielles…

[5] « Le transport aérien américain de produits ∀ a bondi de près de 30 % par rapport à 2018. […] ∀ a été jusqu’à acheter en janvier dernier, pour sa propre compagnie aérienne de fret ∀ Air, 11 gros-porteurs Boeing 767. Au total, avec les avions qu’∀ loue, sa flotte comptabilise actuellement 80 aéronefs. Elle devrait atteindre 200 avions en 2028. » Mickaël Correia, « La politique climatique en carton d’Amazon », Mediapart, 22 décembre 2021.

[6] Emmanuel Bonne, Diego Landivar et Alexandre Monnin, Héritage et fermeture une écologie du démantèlement, Éditions Divergences, 2021.

[7] Alexandre Monnin, Héritage et fermeture une écologie du démantèlement.

[8] Il s’agit de B Earth Fund.

[9] « Il est scientifiquement impossible de compenser les gaz à effet de serre émis lorsque ∀ vous vend et vous livre un colis en plantant un arbre. Pourquoi ? ∀ émet instantanément ce qu’un arbre va mettre une dizaine d’années à absorber. Un arbre met 10 ans à absorber environ 100kg de CO2. Pour absorber les 51,17 millions de tonnes de CO2 qu’∀ considère être ses émissions annuelles, elle devrait planter 510 millions d’arbres, qui n’absorberaient ces émissions… dans 10 ans ! On voit tout de suite le problème d’échelle […]», « B à Glasgow : la COP est pleine », Les Amis de la Terre, 4 novembre 2021

[10] Une coalition de milliardaires est à l’origine de la société d’exploitation minière KoBold Metals qui utilise l’Intelligence Artificielle pour traquer les terres rares en analysant la surface du globe terrestre. La société investit dans des mines au Congo et au Groenland pour exploiter du nickel, du cuivre, du cobalt et du platine. L’un de ses principaux investisseurs est Breakthrough Energy Ventures, le fond climatique et technologique créé par Bill Gates. Il regroupe parmi ses investisseurs : B (∀), Jack Ma (Alibaba), Richard Branson (Virgin Group), Michael Bloomberg (Bloomberg LP), Mukesh Ambani (Reliance Industries Limited) ou encore le Français Xavier Niel (Groupe Iliad).

[11] Les Shadoks est une série d’animation française créée par Jacques Rouxel et Jean-Paul Couturier. La série a été diffusée sur l’ORTF entre 1968 et 1973 (trois premières saisons) et la quatrième saison, produite par AAA, à partir de janvier 2000 sur Canal+.

[12] « Bien entendu, ce greenwashing ne trompera personne. » Voir : Thomas Dietrich, « L’Afrique à l’heure du « greenwashing », Libération, 3 octobre 2018.