Politique

A l’ère numérique, nos démocraties doivent évoluer pour ne pas mourir

Mathématicien

Face aux techniques nouvelles d’influence des électeurs – astroturfing, fake news, microtargeting… – , le mode de scrutin uninominal direct de l’élection présidentielle française s’avère désormais un véritable point faible de notre démocratie. Pour se prémunir de ces nouveaux dangers, il nous faut promouvoir le jugement majoritaire, qui permet de réellement prendre en compte les opinions des électeurs sur chacun des candidats.

Les technologies de l’information et de la communication ont provoqué un changement de régime dans les processus de formation de l’opinion publique. En ajoutant une surcouche de recommandation à notre espace informationnel, en permettant de démultiplier artificiellement une présence en ligne via des bots (robots informatiques) ou en offrant aux internautes des jugements et des actions dont la facilité d’intégration ou de mise en œuvre sont proportionnelles à leur standardisation et leur viralité (rating, likes, émoticônes, etc.), ces technologies ont changé la nature même des processus qui régulent le débat public. Des résultats théoriques étayés par des expériences récentes sur les dynamiques culturelles, ainsi que des observations de terrain, démontrent que ces changements ont pour conséquences d’accentuer la polarisation de l’opinion publique et de rendre son évolution plus imprévisible, tout en la rendant plus manipulable par qui sait exploiter ce nouveau contexte.

Ainsi, les technologies du marketing Internet, utilisées depuis quelques années pour nous vendre plus de chaussures, plus de soda et plus de smartphones, sont aujourd’hui utilisées pour modifier le comportement des électeurs : remodelage de notre espace informationnel, publicités personnalisées à partir de nos profils sur les réseaux sociaux (microtargeting), analyse des tendances, des influenceurs, de la viralité des contenus, des mécanismes de recommandation, utilisation de bots, astroturfing, etc.

Dans notre article « Fake news : l’arbre qui cache la forêt », nous avons précisé les enjeux de ces nouvelles techniques de manipulation d’opinion politique opérant sur le Web. Elles sont utilisées depuis quelques années de manière endogènes, par certains acteurs d’un pays, mais également de manière exogène, pour influencer les processus démocratiques d’un pays étranger via la diffusion de fausses informations, des pratiques d’astroturfing ou l’achat de campagnes publicitaires personnalisées.

Nous avons


[1]    J.-B. Jeangène Vilmer, A. Escorcia, M. Guillaume, J. Herrera, Les Manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties, rapport du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) du ministère des Armées, Paris, août 2018.

[2]  Voir Chavalarias, D., 2017. Vote utile ou “concours de beauté” ? Le Monde, Supplément Éco et Entreprise p.6, ainsi que notre article sur le site du Politoscope 

[3]  Cette méthode est détaillée sur le site de l’association Mieux Voter, http://mieuxvoter.fr

David Chavalarias

Mathématicien, Directeur de Recherche CNRS au Centre d’Analyse et de Mathématique Sociales de l’EHESS

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Notes

[1]    J.-B. Jeangène Vilmer, A. Escorcia, M. Guillaume, J. Herrera, Les Manipulations de l’information : un défi pour nos démocraties, rapport du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) du ministère des Armées, Paris, août 2018.

[2]  Voir Chavalarias, D., 2017. Vote utile ou “concours de beauté” ? Le Monde, Supplément Éco et Entreprise p.6, ainsi que notre article sur le site du Politoscope 

[3]  Cette méthode est détaillée sur le site de l’association Mieux Voter, http://mieuxvoter.fr