A Analyse

Politique

A l’ère numérique, nos démocraties doivent évoluer pour ne pas mourir

Mathématicien

Face aux techniques nouvelles d’influence des électeurs – astroturfing, fake news, microtargeting… – , le mode de scrutin uninominal direct de l’élection présidentielle française s’avère désormais un véritable point faible de notre démocratie. Pour se prémunir de ces nouveaux dangers, il nous faut promouvoir le jugement majoritaire, qui permet de réellement prendre en compte les opinions des électeurs sur chacun des candidats.

Les technologies de l’information et de la communication ont provoqué un changement de régime dans les processus de formation de l’opinion publique. En ajoutant une surcouche de recommandation à notre espace informationnel, en permettant de démultiplier artificiellement une présence en ligne via des bots (robots informatiques) ou en offrant aux internautes des jugements et des actions dont la facilité d’intégration ou de mise en œuvre sont proportionnelles à leur standardisation et leur viralité (rating, likes, émoticônes, etc.), ces technologies ont changé la nature même des processus qui régulent le débat public. Des résultats théoriques étayés par des expériences récentes sur les dynamiques culturelles, ainsi que des observations de terrain, démontrent que ces changements ont pour conséquences d’accentuer la polarisation de l’opinion publique et de rendre son évolution plus imprévisible, tout en la rendant plus manipulable par qui sait exploiter ce nouveau contexte.

David Chavalarias

Mathématicien, Directeur de Recherche CNRS au Centre d’Analyse et de Mathématique Sociales de l’EHESS