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Éducation

La réforme du lycée : une vraie rupture ?

Historien

La réforme du lycée a mobilisé contre elle nombre d’enseignants et d’étudiants. Pourtant, la logique qui l’anime n’est pas nouvelle. Nourrie par la volonté de mettre en cause le rôle différentiateur des filières tout en proposant des cursus individualisés diversifiés, elle s’inscrit dans le sillage de certaines réformes tentées sous Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy. Sa nouveauté ? Sa probable mise en œuvre.

Beaucoup de commentaires sur la réforme du lycée portent sur ses dispositifs différentiels en omettant de replacer cette réforme dans une évolution historique qui permet de mieux comprendre ses enjeux et ses modalités, en particulier ce qui a trait à un « dispatching » en soi inévitable (même s’il peut s’avérer plus ou moins inégalitaire).

L’expansion d’un système généralisé d’enseignement tout au long de la cinquième République s’est accompagnée de nombreux changements qui portent – en dernière analyse – sur la modalité dominante de différenciation pour traiter les différences : différenciation des établissements, différenciation des filières, différenciation de cursus plus ou moins individualisés dans un contexte plus ou moins optionnel voire « modulaire ». Certes, l’ensemble de ces modalités de traitement des différences est toujours en œuvre, au moins de façon embryonnaire ou résiduelle. Mais ce qui est en cause, c’est le degré de généralisation de tel ou tel vecteur ou principe institutionnel de différenciation.

On peut soutenir que dominait avant la cinquième République une différenciation fondée sur les types d’établissements: d’une part les collèges (privés ou municipaux) et les l...

Claude Lelièvre

Historien, Professeur honoraire d’histoire de l’éducation à la Faculté des Sciences humaines et sociales, Sorbonne - Paris V