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Politique

Le ré-encastrement du social : mesure, conversion et accroissement des inégalités

Politiste

Prenant à rebours les processus classiques de division du travail et d’autonomisation des sphères d’activités, les évolutions récentes de nos sociétés procèdent, à la faveur d’une généralisation des mesures en tout genre, d’un ré-encastrement du social. Il devient ainsi plus facile de convertir différents types de capitaux, ce qui produit une aggravation spectaculaire des inégalités.

On peut caractériser la période actuelle comme un point de retournement par rapport au processus de différenciation des champs sociaux tel qu’il a été décrit dans la sociologie classique sous différents termes : « division du travail social » (Durkheim), « sphères d’activité » (Weber) ou « champs » (Bourdieu). Un « ré-encastrement » est en cours par les mesures qui unifient progressivement des mondes jusque-là distingués par leurs enjeux, leurs pratiques, leurs valeurs. L’entreprise commerciale, la recherche, la médecine, le sport, le monde de l’art sont désormais régis par les mêmes règles de rentabilité et de calcul des performances. L’esprit scientifique cède devant les logiques d’expertise, la formation du droit implique toujours plus les intérêts économiques, l’éducation supérieure est d’abord un marché.

L’une des caractéristiques de la modernité est le développement universel de mesures (quantification, enregistrement, classement), qui produisent une mise en ordre du monde naturel et social. La capacité à objectiver par la mesure des ressources matérielles, intellectuelles, corporelles est au principe même de la constitution de différentes espèces de capitaux. L’économie, la guer...

Gilles Dorronsoro

Politiste, Professeur de science politique à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre senior de l'Institut Universitaire de France