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Santé

Urgence thérapeutique, controverses et production de la preuve dans l’espace public – à propos de l’hydroxychloroquine

Sociologue et Politiste, Ingénieur agricole et économiste

Alors que le British Medical Journal vient de publier deux études concluant à l’inefficacité de l’hydroxychloroquine, revenons en détail sur ce que la controverse française autour de cette molécule nous apprend de la manière dont on produit de la connaissance publique sur des questions médicales et technologiques.

Ces dernières semaines, Didier Raoult est apparu comme le nom d’une surprenante disruption dans la manière dont la connaissance publique des thérapies est produite. La controverse publique qui s’est noué autour de l’usage thérapeutique de l’hydroxychloroquine est en effet assez exceptionnelle : comment se fait-il que nous en venions à dépendre d’une personne pour nous mettre d’accord sur cette thérapie ? Par quel phénomène notre connaissance publique en vient-elle à dépendre d’un praticien et professeur, aussi capé soit-il ?

Pourquoi l’IHU (Institut hospitalo-universitaire) et la Timone deviennent-ils le centre semble-t-il unique de démonstration de la valeur d’une thérapie — centre tellement central que le centre habituel, celui du pouvoir incarné qu’est le président de la République, juge important de s’y déplacer ? Ces questions nous mènent sur des réflexions qui ne concernent pas que Didier Raoult, les méthodes pour les essais cliniques, ou la crise de la pandémie.

La première chose à rappeler, pour dépersonnaliser le débat, est que les décisions concernant les usages autorisés des médicaments ne se fondent pas uniquement sur des connaissances scientifiques. Elles sont plein...

David Demortain

Sociologue et Politiste, directeur de recherche INRAE, directeur du LISIS

Pierre-Benoît Joly

Ingénieur agricole et économiste, directeur de recherche à INRAE