A Analyse

Ecologie

Saint-Pierre-et-Miquelon ou l’exotisme anthropocène

Philosophe et géographe

Ancien carrefour de marins et haut-lieu du commerce maritime, Saint-Pierre-et-Miquelon est aujourd’hui en plein naufrage, victime d’une crise à la fois socio-économique et écologique. En effet, l’archipel peine à se relever des mesures de régulation de la pêche à la morue instaurées il y a une trentaine d’années, tout en étant exposé aux risques croissants de submersion. Saint-Pierre-et-Miquelon symbolise ainsi l’effondrement du mythe de la modernité face à l’anthropocène. Un texte commandé par AOC dans le cadre du cycle Planétarium du Centre Pompidou.

De quel monde Saint-Pierre-et-Miquelon est-il le territoire ? Question saugrenue à une époque caractérisée par l’englobement généralisé[1] de l’urbain, de l’économie, du tourisme, du climat, de la santé… Notre temps ne consacre-t-il pas l’appartenance au monde moderne auquel, bon gré mal gré, plus un individu, plus un territoire n’échappent ? C’est négliger le fait que ce même monde, construit à coup d’extraction, de transformation et de consommation de nos espaces de vie, outrepasse les limites planétaires, au propre comme au figuré, avec la conquête spatiale d’un côté et l’épuisement des écosystèmes terrestres de l’autre.

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Dans les craquèlements qui s’ensuivent, à ses franges, en ses friches, de ces ruines apparaissent de nouveaux agencements, de nouvelles figures qui se substituent aux canons de la modernité : des territoires s’inventent qui augurent de l’édification encore discrète d’un no...

Stéphane Cordobes

Philosophe et géographe, Chercheur associé à l’École urbaine de Lyon et conseiller à l’Agence nationale de cohésion des territoires