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Politique

La plainte et la grâce

Historien

La scène n’est pas inédite, mais elle se multiplie à l’ère des réseaux sociaux : on y voit le président de la République, ou l’un de ses ministres, répondre directement à des sollicitations souvent poignantes d’hommes et de femmes anonymes. La singularisation du récit, ou plus exactement de la plainte, a toujours joué un rôle politique essentiel, mais ces promesses d’intervention personnelles illustrent surtout la fatigue des rouages démocratiques.

Les images et les propos ont été relayés largement, par la presse écrite, les télévisions et les radios, mais plus encore par les réseaux sociaux. On aperçoit des responsables politiques de premier plan – le président, un ministre, une secrétaire d’État – répondre en direct et dans une forme très libre, presque familière, à des sollicitations souvent poignantes d’hommes et de femmes anonymes, qui font part de leur détresse, de leurs souffrances et de leurs peurs et qui s’adressent directement, comme en dernier recours, à la personne qui symbolise à leurs yeux le pouvoir et en tout cas le pouvoir de changer leur vie. D’elle, ces acteurs soudain et brièvement au centre de l’attention attendent en effet une intervention urgente, directe, efficace, qui court-circuiterait les règles administratives et les lenteurs bureaucratiques dans lesquelles ils se sentent englués et oubliés.

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Olivier Christin

Historien, Directeur d'études à l'EPHE et directeur du Centre européen d'études républicaines