O Opinion

Enseignement supérieur

Le mythe de la continuité pédagogique

Historien

L’épidémie de Covid-19 et le confinement ont renforcé dans les universités européennes ce qu’on pourrait appeler « le mythe de la continuité pédagogique », particulièrement dans les facultés de lettres et sciences humaines. Pourtant, derrière la volonté d’innover et de proposer un enseignement tout numérique, se cache en réalité la même logique d’évaluation et de commercialisation des savoirs déjà à l’œuvre. On est encore loin de l’idéal d’une université émancipatrice !

Ces derniers mois, dans les universités françaises et européennes bouleversées par la pandémie de Covid-19, la « continuité pédagogique » est devenue le nouveau mantra à la mode. L’injonction a pris des formes diverses, mais ministères et présidences d’université sont tombés d’accord sur la nécessité de terminer le semestre et de maintenir coûte que coûte les sacro-saints examens, ceci sans tenir suffisamment compte ni des répercussions très concrètes du confinement sur la vie et les conditions de travail des étudiant·e·s et des enseignant·e·s, ni des questions d’éthique académique que soulevait et soulève encore l’incitation à continuer de travailler « comme c’était prévu, mais en ligne[1]».

Il y eut d’abord des problèmes pratiques, en France comme ailleurs. Contrairement aux déclarations incantatoires qui ont rapidement inondé l’espace médiatique, rien n’était prêt. Et pour cause, à l’inverse des virologues, épidémiologistes et autres spécialistes de santé, l’université n’a jamais eu pour mission de préparer les réponses à une pandémie. La plupart des cours ont été pensés et écrits pour être prononcés dans un amphithéâtre, devant un public qui réagi...

Fabrice Flückiger

Historien, Chercheur postdoctoral à la Ludwig-Maximilian-Universität München et chercheur associé au CEDRE PSL