Éducation

Mirage de l’excellence et naufrage de la recherche publique

Mathématicien, Philosophe

Actuellement discutée en procédure accélérée à l’Assemblée Nationale, la LPPR arrivera le 21 septembre en séance publique. Ultime occasion de remettre en question les principes qui président aujourd’hui au pilotage de la recherche. Car le moins que l’on puisse espérer, autant pour la science que pour la bonne utilisation des fonds publics, est qu’une bonne gestion de la recherche scientifique repose sur un minimum de bases scientifiques quant aux indicateurs qu’elle manipule et aux relations de cause à effet qu’elle envisage de mobiliser. Or il n’en est rien.

En pleine polémique sur la gestion de la recherche publique par l’exécutif, qui prépare une loi pluriannuelle de programmation de la recherche (LPPR) « ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, (…) vertueuse et darwinienne » des dires mêmes du PDG du CNRS, nous posons la question de l’évaluation scientifique de ces politiques publiques. Le moins que l’on puisse espérer, autant pour la science que pour la bonne utilisation des fonds publics, est qu’une bonne gestion de la recherche scientifique repose sur un minimum de bases scientifiques quant aux indicateurs qu’elle manipule et aux relations de cause à effet qu’elle envisage de mobiliser. Or il n’en est rien.

Non seulement les politiques actuelles n’ont pas de justification scientifique particulière, mais on peut démontrer scientifiquement qu’elles s’appuient sur des métriques biaisées, produisent des effets contre-productifs et font peser une menace sérieuse sur l’avenir de la recherche française.

Rappelons au passage que le CNRS a été créé en 1939 pour favoriser une mobilisation scientifique devant l’inéluctabilité d’une nouvelle guerre. Car bien avant 1939, il y a eu 1870. La défaite face à la Prusse de Guillaume Ier et de Bismarck rassemble les savants français autour d’un constat  : le pays n’a pas été battu sur les champs de bataille, mais devant les paillasses. Il n’y a aucun doute pour Louis Pasteur  : «  la faiblesse de notre organisation scientifique  » est la cause des « malheurs de la  patrie ». De ce constat découlent, dès les débuts de la Troisième République, plusieurs réformes de l’enseignement supérieur, une hausse des budgets des facultés et des établissements – le Collège de France, le Muséum national d’histoire naturelle, etc. – et des initiatives prises par les savants eux-mêmes, dont la création de l’Institut Pasteur en 1888, l’un des exemples les plus notoires.

Qu’un établissement comme le CNRS souhaite améliorer sa manière de remplir ses objectifs est une bonne chose, qu’il le fasse sur


[1] Tijdink, J.K., Verbeke, R., Smulders, Y.M., 2014. Publication Pressure and Scientific Misconduct in Medical Scientists. Journal of Empirical Research on Human Research Ethics 9, 64–71 ; Moore, S., Neylon, C., Paul Eve, M., Paul O’Donnell, D., Pattinson, D., 2017. “Excellence R Us”: university research and the fetishisation of excellence. Palgrave Communications 3, 1–13.

[2] Pour la méthodologie et les exemplesvoir Chavalarias, D., & Cointet, J.-P. (2013). Phylomemetic patterns in science evolution—the rise and fall of scientific fields. PloS One, 8(2) ; et Chavalarias, D., Huneman, P., & Racovski, T. (2020). Contribution of phylomemies to the understanding of the dynamics of science. In Ramsey G., De Block A. (eds) *The Dynamics of Science: Computational Frontiers in History and Philosophy of Science. * Chicago: University of Chicago Press.

David Chavalarias

Mathématicien, Directeur de Recherche CNRS au Centre d’Analyse et de Mathématique Sociales de l’EHESS

Philippe Huneman

Philosophe, Directeur de recherche au CNRS – IHPST

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Notes

[1] Tijdink, J.K., Verbeke, R., Smulders, Y.M., 2014. Publication Pressure and Scientific Misconduct in Medical Scientists. Journal of Empirical Research on Human Research Ethics 9, 64–71 ; Moore, S., Neylon, C., Paul Eve, M., Paul O’Donnell, D., Pattinson, D., 2017. “Excellence R Us”: university research and the fetishisation of excellence. Palgrave Communications 3, 1–13.

[2] Pour la méthodologie et les exemplesvoir Chavalarias, D., & Cointet, J.-P. (2013). Phylomemetic patterns in science evolution—the rise and fall of scientific fields. PloS One, 8(2) ; et Chavalarias, D., Huneman, P., & Racovski, T. (2020). Contribution of phylomemies to the understanding of the dynamics of science. In Ramsey G., De Block A. (eds) *The Dynamics of Science: Computational Frontiers in History and Philosophy of Science. * Chicago: University of Chicago Press.